l'Enseignement des 40 jours entre le Dimanche saint de Pâques (Résurrection) & le jeudi de l'Ascension

1° partie:

 

III

LA RÉSURRECTION ET

L'INTÉRIEUR DE LA TERRE


Les exposés des événements du Vendredi saint et du Dimanche
de Pâques, tels qu'ils sont conçus dans les premiers chapitres de ce
livre, posent de façon justifiée la question du mystère du Samedi
saint qui, dans la tradition chrétienne, est mis en rapport avec
la «descente aux Enfers» du Christ. À la lumière de l'Anthropo-
sophie, celle-ci désigne le chemin du Christ à travers les neuf
couches de l'intérieur de la Terre, telles que Rudolf Steiner les
a encore et toujours caractérisées, surtout dans ses premières
conférences. Dans ce cadre, il a aussi indiqué que ces connais-
sances ont également été enseignées depuis le début dans les
vraies écoles des Rose-Croix. «C'est seulement à l'école des
Rose-Croix que l'on est capable de parler de l'intérieur de la
Terre» (GA 94, 11.7.1906).
Cependant, l'indication décisive permettant de comprendre
correctement l'intérieur de la Terre se trouve dans une confé-
rence ultérieure où il est mis en rapport avec des connaissances
qui, sur ce point, vivaient déjà dans les Mystères de l'Égypte
antique. Les initiés égyptiens savaient déjà, en effet, que ce
qui en tant que Lune tourne autour de la Terre peut égale-
ment être trouvé sous une autre forme à l'intérieur de la Terre.
«Ce qui est là-bas dans l'environnement se trouve reflété, mais
condensé, dans une couche extérieure de la Terre» (GA 216,
29.9.1922). Il en est ainsi aussi des autres planètes et même du
ciel étoilé qui les englobe : «Si à présent on passe à la planète
suivante qui tourne autour du Soleil [...], Vénus, 120 [,••], et,
si on dessine la couche suivante de la Terre, il faut dessiner
cette couche comme un reflet de ce qui est dehors ». Et ensuite
Rudolf Steiner élargit ce regard à tout le cosmos: «Et ainsi
nous obtenons une Terre qui est l'image reflétée de l'univers,
avec ceci que, si nous creusions la Terre, nous trouverions com-
primé, condensé, ce qui à l'extérieur se trouve en dissolution
éthérique, en volatilité éthérique. Et si nous allions jusqu'à la
périphérie la plus extérieure de l'univers, celle-ci se trouverait
condensée au centre de la Terre en un seul point ». Cette der-
nière phrase est particulièrement importante, car la frontière
la plus « extérieure » de l'univers est la sphère des étoiles fixes
ou, plus précisément, le cercle du zodiaque. Généralement,
l'âme n'en expérimente l'essence propre qu'entre deux incar-
nations, lorsqu'elle est montée jusqu'à l'Heure du Minuit des
Mondes et qu'elle peut contempler le monde stellaire à partir
de l'autre côté, à partir du côté spirituel. C'est pourquoi la
frontière extérieure du cosmos indique le plan élevé du Minuit
des Mondes, dans lequel l'âme humaine saisit d'un coup toute
la spiritualité du cosmos.
L'intérieur de la Terre porte en lui d'une manière conden-
sée les forces des sept planètes, de la Lune à Saturne, ainsi que
les forces des étoiles fixes. Seulement ces forces cosmiques à
l'intérieur de la Terre sont comme bannies et séparées de leur
origine.
Or la spiritualité générale des planètes et des étoiles fixes est
approfondie par les forces et les actions des neuf Hiérarchies
divines qui se tiennent derrière elles. Dans le cycle de confé-
rences Les Hiérarchies spirituelles et leur reflet dans le monde
physique (GA110), Rudolf Steiner décrit les sept sphères pla-
nétaires comme les champs d'action des entités hiérarchiques
qui vont des Anges aux Trônes.'21 Seules les Hiérarchies les
plus élevées, celles des Chérubins et des Séraphins, dépassent
dans leur activité les sphères planétaires et agissent dans les
mondes purement stellaires.
Nous voyons donc qu'à l'intérieur de la Terre ce ne sont pas
seulement les forces spirituelles des planètes et des étoiles fixes
qui sont retenues, mais aussi, dans un sens plus profond, les
forces correspondantes des Hiérarchies supérieures, ces forces
qui, à l'intérieur des neuf sphères souterraines, sont utilisées
pernicieusement dans des intentions qui contrecarrent les leurs.
On peut dire que dans les trois premières couches de la Terre
les forces hiérarchiques sont retenues par les esprits lucifériens,
dans les trois couches suivantes elles le sont par les esprits ahri-
maniens, et dans les trois dernières par les forces asouriennes.
Les paroles suivantes de Rudolf Steiner exposent clairement
le rapport de ces forces adverses aux couches intérieures de la
Terre: « On a le monde physique, le monde astral, le Dévachan
inférieur et le Dévachan supérieur. Si l'on comprime un corps
plus bas que le monde physique, on arrive dans le monde sous-
physique, dans le monde sous-astral, dans le bas (ou mauvais)
Dévachan inférieur et enfin dans le bas (ou mauvais) Dévachan
supérieur. Le mauvais monde astral est le domaine de Lucifer,
le mauvais Dévachan inférieur est le domaine d'Ahriman et
le mauvais Dévachan supérieur celui des Asouras » (GA 130,
1.10.1911, réponse à des questions). Ces reflets infrasensibles
des plans suprasensibles se trouvent eux-mêmes en relation avec
les couches correspondantes de l'intérieur de la Terre. On trouve
ainsi les forces du plan astral surtout emprisonnées dans les trois
premières couches, les forces du Dévachan inférieur dans les
trois couches suivantes (voir plus loin dans ce chapitre) et la sep-
tième couche constitue le passage vers les forces du Dévachan
supérieur, retenues prisonnières à l'intérieur de la Terre.
On peut dire aussi que ces trois catégories de forces adverses
puisent sans cesse des couches terrestres évoquées les forces dont
elles se servent dans le combat qui les oppose au développement
de l'humanité voulu par les dieux. Quant au Noyau de la
Terre, qui constitue d'après Rudolf Steiner le centre du mal
sur notre planète, il est en rapport avec le démon solaire lui-
même (Sorat).


Avant de se tourner vers le thème choisi, il faut encore
évoquer le rapport entre l'aspect temporel de l'évolution du
monde (qui a surtout été décrit dans les deux premiers cha-
pitres) et l'aspect spirituel-spatial. L'aspect temporel consiste
surtout en l'évolution du monde qui s'étend de l'ancien.
Saturne au futur Vulcain. L'aspect spirituel-spatial est davan-
tage lié à la connaissance de cette évolution. Au dernier cha-
pitre de son livre La science de l'occulte, Rudolf Steiner écrit
qu'un initié souhaitant pratiquer une recherche concernant
les degrés antérieurs et futurs du développement cosmique
de la Terre doit s'élever de façon correspondante toujours
plus haut dans le monde spirituel. Là il évoque les trois
degrés suivants : d'abord, se manifestant simultanément,
l'état passé de l'ancienne Lune et l'état futur de Jupiter; puis
il contemple les états de l'ancien Soleil et du futur Vénus ; et
au troisième degré il voit les états de l'ancien Saturne et du
futur Vulcain.
Il n'est pas difficile de constater que dans ces trois degrés
il est question d'un côté des formes de connaissance imagina-
tive, inspirative et intuitive et d'un autre côté des sphères cos-
miques où cette connaissance est possible. On peut donc dire
que, sur le plan astral, on connaît par l'imagination l'ancienne
Lune et le futur Jupiter, dans le Dévachan inférieur on connaît
par l'inspiration l'ancien Soleil et la future Vénus, et dans
le Dévachan supérieur on connaît par l'intuition l'ancien
Saturne et le futur Vulcain. Quant à la totalité de l'évolution,
on ne l'embrasse spirituellement qu'à l'Heure du Minuit des
Mondes (comme cela a déjà été présenté en détail à un autre
endroit).'22 Les trois degrés cosmiques évoqués ici, le plan
astral, le Dévachan inférieur et le Dévachan supérieur corres-
pondent du point de vue cosmologique aux planètes infraso-
laires (plan astral), aux planètes suprasolaires (Dévachan infé-
rieur) et aux mondes stellaires, qui dans le Dévachan supérieur
s'étendent jusqu'à l'Heure du Minuit des Mondes où se trouve
sa limite la plus extérieure. Le Soleil occupe une position spé-
ciale : dans son aspect planétaire, il est la transition conduisant
du monde astral au Dévachan, et dans son aspect stellaire il
embrasse tous les degrés cosmiques suivants, jusqu'à la sphère
des étoiles fixes.
Ces explications concernant l'aspect temporel et spatial de
l'évolution du monde sont particulièrement utiles à la com-
préhension de l'intérieur de la Terre. Car l'aspect temporel de
l'évolution dans toutes ses métamorphoses relie notre Terre
à tout le cosmos. Mais pour l'intérieur de la Terre, c'est sur-
tout l'aspect spatial qui importe. C'est la raison pour laquelle
le passage de l'un à l'autre a d'abord dû être décrit, afin de
créer ainsi un fondement pour les considérations ultérieures.
Nous pouvons à présent donner une courte description des
neuf couches intérieures de la Terre, qui, dans le sens de ce
qui précède, portent en elles, comme enfermées, les forces des
planètes et des Hiérarchies correspondantes.
Pour mieux comprendre les trois premières couches, qui
sont en relation aussi bien avec les forces infrasolaires qu'avec
celles de la troisième Hiérarchie, il faut prendre en compte un
caractère particulier de cette Hiérarchie. Dans la conférence
du 16 avril 1909 (du soir) Rudolf Steiner décrit comment les
Anges forment leur corps physique dans l'élément liquide, les
Archanges dans l'élément aérien et les Archées dans l'élément
igné. C'est ainsi qu'ils prennent part aux constituants maté-
riels de la Terre. Dans les trois premières couches de la Terre,
pourtant, cela leur est interdit.
Dans la couche supérieure (la «Terre minérale»), qui constitue
la croûte dure proprement dite de la Terre, 1231a matière solide
est tellement condensée par l'action des forces de la Lune que
les Anges ne peuvent plus y pénétrer.
La deuxième couche (la «Terre liquide ») est constituée
par une substance pénétrée d'une vie apparente, à laquelle les
Archanges n'ont pas accès. Ici tout ce qui est solide devient
liquide. On peut dire de façon réelle-imagée qu'ici tout argent
devient mercure. Mais la vie apparente de cette couche prend
un caractère négatif du fait que les forces mercurielles sont ici
bannies et mal utilisées. Ce caractère négatif consiste en ce que
toute vie y est anéantie.
La troisième couche (la «Terre aérienne ou Vapeur ter-
restre ») est remplie d'une substance dans laquelle toute forme
de sentiment est détruite. Dans le cosmos, les sentiments sont
surtout liés à la sphère de Vénus. Mais ici ils dégénèrent en leur
contraire. Les forces des Archées n'atteignent pas cette sphère,
puisque ceux-ci forment leur corps physique dans l'élément
feu, et non dans l'élément aérien. Par-là ces trois couches sont
séparées du monde de la troisième Hiérarchie et s'opposent à
son action dans le cosmos.
Rudolf Steiner indique aussi que ces trois couches de la
Terre portent encore en elles le souvenir de l'état où la Lune
n'était pas encore séparée de la Terre (GA 94, 12.6.1906).
Comme les puissances lucifériennes sont restées en arrière sur
l'ancienne Lune, elles continuent d'avoir une grande influence
sur ces trois couches par leur lien spécial à la Lune.
Avec la quatrième couche (la «Terre-eau ou Terre-forme »),
on arrive dans un domaine où ce ne sont pas seulement les
forces du plan astral mais aussi celles du Dévachan inférieur
qui sont emprisonnées. Rudolf Steiner dit à ce sujet : «La qua-
trième couche correspond dans un certain sens au premier
domaine du Dévachan » (GA 94, 11.7.1906). Nous sommes
arrivés ainsi dans un domaine où, sous la Terre, les forces
solaires c'est-à-dire les forces des Élohim solaires, aussi nom-
més Esprits de la Forme ou Exousiaï, sont comme bannies.
Rudolf Steiner rapporte à propos de cette couche que toutes
les formes sont transformées ici en leur négatif. Un cube de
sel qui sur terre est empli de substance devient ici un cube
vide dont la substance est comprimée vers l'extérieur, ce qui
lui confère des caractères négatifs. Dans ce processus agissent
les forces opposées aux bons Esprits de la Forme. Toutes les
formes que les Exousiaï ont créées sur terre sont dissoutes ici,
si bien qu'elles «ne manifestent plus aucune matérialité, telle
qu'on peut la rencontrer sur terre». Ici, tout ce qui est visible
«est reconduit à l'état astral» (GA 96, 16.4.1906). Par le mau
vais usage des forces solaires, tout ce qui est matériel est «spiri-
tualisé» de façon fausse. Pour atteindre ce but, ce sont surtout
les forces solaires retenues prisonnières qui sont utilisées. C'est
ainsi que cette couche s'oppose à toute influence des Esprits
de la Forme.
La cinquième couche (la «Terre-fruit») manifeste un caractère
complètement contraire. Elle produit «constamment formes
sur formes» qui ensuite sont détruites (GA 97, 21.4.1906).
Avec ces formes, elle agit à l'encontre de l'activité justifiée
des Esprits du Mouvement, lesquels ont à voir non pas avec
la création de formes, mais avec les processus intérieurs qui
conduisent le développement général et produisent partout la
métamorphose des formes. Ainsi se crée dans cette couche,
avec l'aide des forces mal utilisées de Mars, une résistance au
cosmos tirée d'une «débordante énergie de croissance» (GA
95, 4.9.1906). On trouve ici également les forces de la vie pri-
mitive de la Terre (la vie est toujours mouvement) qui cepen-
dant s'opposent en ce lieu aux Esprits du Mouvement.
La couche suivante (la «Terre-feu») possède la propriété de
déployer les plus grandes passions à partir de la moindre sen-
sation. Ces passions agissent ensuite jusque dans la matière
et sont emplies d'une volonté qui s'oppose à toute influence
apaisante. Dans cette couche, ce sont surtout la sagesse et
l'harmonie des forces de Jupiter qui sont transformées en leurs
contraires et mises en opposition aux Esprits de la Sagesse.
«C'est en fait dans ces forces que les feux originels ont été ban-
nis » (GA 107, 1.1.1909). Avec ce feu primordial, cette couche
s'oppose aux forces des Kyriotetes. Rudolf Steiner rapporte
que les trois dernières couches décrites cachent en elles le sou-
venir du temps où le Soleil, la Lune et la Terre constituaient
un seul corps (Voir GA 94, 12.6.1906). Comme les puissances
ahrimaniennes sont restées en arrière sur l'ancien Soleil, elles
ont conservé une grande influence sur ces trois couches. À un
autre moment, Rudolf Steiner rapporte qu'Ahriman est par-
ticulièrement lié à cette couche («Terre-feu»). «Au fond, le
royaume d'Ahriman oeuvre matériellement dans cette couche.
C'est à partir de cette couche qu'il oeuvre », car ces «forces
internes de feu de la Terre (sont) au service d'Ahriman. Là se
trouve le centre de son oeuvre » (GA 107, 1.1.1909).
La septième couche de la Terre (le «Miroir terrestre» ou
«Réflecteur terrestre») fait apparaître et transforme tout carac-
tère, toute propriété en son pôle opposé. Ici, les phénomènes
naturels, même ceux de l'électricité et du magnétisme, reçoi-
vent un caractère moral, mais en étant transformés en leur
image contraire : ils deviennent ainsi mauvais au sens propre
du terme. Tout ce qui apparaît bon sur la Terre est conduit
ici à l'anti-moralité. De même que Saturne conserve en soi et
réfléchit le souvenir de notre système solaire dont il est la fron-
tière, de même aussi cette couche refuse tout (en le reflétant),
mais de la manière la plus néfaste. Rudolf Steiner rapporte
que l'ancien Saturne était dans l'univers comme une sorte
d'énorme miroir qui reflétait toutes les bonnes actions des
Hiérarchies supérieures. Ici, l'activité primordiale des Esprits
de la Volonté, d'où est née un jour l'évolution de l'univers,
apparaît dans un «reflet contraire» (GA 95, 4.9.1906). Tandis
qu'au commencement la chaleur matérielle de l'ancien Saturne
était emplie de la moralité des Trônes, à présent c'est une cari-
cature de celle-ci qui est reflétée. Tout ce qui est matériel est
pénétré par les forces de l'immoralité. On peut également dire
que tout ce qui s'est présenté au commencement comme sacri-
fice des Trônes est repoussé par une sorte de miroir géant. Un
refus total s'oppose à la force de sacrifice du cosmos.
Dans la huitième sphère, ce processus se poursuit. La
matière terrestre n'est pas seulement pénétrée passivement
par l'immoralité, mais toute moralité présente dans le monde
est activement découpée, éclatée et ainsi anéantie. C'est la
raison pour laquelle Rudolf Steiner nomme cette couche der
Zersplitterer (« disperseur », «dépeceur », « déchiqueteur »). En
outre, cette couche est caractérisée ainsi : «Tous les sentiments
moraux comme l'amour, la compassion sont transformés là en
leur contraire, en dureté, brutalité, etc.» (GA 94, 11.7.1906).
«Tout ce qui est méchant est préparé et organisé ici substantiel-
lement [...]. Cette couche a apporté substantiellement le mal
dans le monde» (GA 95, 4.9.1906). Rudolf Steiner concrétise
cette phrase à un autre endroit par ces mots: «Qu'un magicien
noir parvienne à pénétrer jusqu'à elle [jusqu'à cette couche], et
le mal en lui s'en trouvera encore puissamment renforcé» (GA
97, 21.4.1906).
Le mal de cette couche est tourné contre tout ce qui relie
entre eux les hommes, et cela signifie la fin de toute frater-
nité. Ici, le mal agit de façon destructrice jusque dans la struc-
ture intérieure du karma. C'est pourquoi le magicien noir qui
puise ses forces dans cette couche est condamné pour toujours
à rester seul, pour finalement hair et combattre le monde
entier; car il a lui-même détruit tous les bons rapports kar-
miques au monde environnant. «Cette région est le siège de
toute disharmonie, immoralité, dissension. Ici, tout tend à la
séparation ». Par cette force pernicieuse, destructrice de toute
harmonie, la huitième couche s'oppose à l'action des Esprits
de l'harmonie cosmique, les Chérubins. Tout ce qui parvient
ici est immédiatement déchiqueté et multiplié à l'infini. Dans
ce déchiquetage et cette multiplication, nous avons l'image
défigurée du ciel étoilé. C'est un assemblage de détails sans
nombre et sans aucun lien les uns avec les autres. Ainsi sont
maintenues ensemble dans cette couche, de façon violente,
des forces qui à l'origine oeuvraient dans le monde stellaire
au-delà de la sphère de Saturne.
La dernière couche appartient au «Noyau de la Terre» pro-
prement dit. À partir de là, ce n'est pas seulement de l'immo-
ralité qui est engendrée par le mal, mais celle-ci commence
à agir de manière magique. «C'est substantiellement ce par
l'influence de quoi la magie noire naît dans le monde» (GA
95, 4.9.1906). Rudolf Steiner indique qu'ici deux forces sont
reliées l'une à l'autre de manière perfide : le pur penser céré-
bral et les forces de la reproduction (Voir GA 96, 16.4.1906).
Dans cette couche siège la plus basse sensualité terrestre qui
pense automatiquement. Cela permet de comprendre pour-
quoi le magicien noir renforce constamment ses forces de pen-
sée par la méditation et les relie ensuite aux forces occultes
de la sexualité. Cette union du penser et de la sexualité agit
de façon destructrice sur le Je de l'homme. C'est pourquoi
ce sont surtout les Asouras qui puisent leurs forces dans cette
couche et les deux couches précédentes. Rudolf Steiner dit
d'eux : «Ces esprits asouriens feront en sorte que le Je [de
l'homme] se relie à la sensualité de la Terre », ce qui a pour effet
que «des morceaux sont arrachés au Je l'un après l'autre [et]
sont irrémédiablement perdus» (GA 107, 22.3.1909).124 mais
quand le mauvais usage des forces sexuelles passe du stade de
la sensualité sauvage à la magie noire dans laquelle des forces
spirituelles sont employées et consciemment mésusées, on n'a
plus seulement à faire aux Asouras mais également au démon
solaire lui-même, qui oeuvre à travers eux. À son sujet, Rudolf
Steiner a révélé dans son cycle sur l'Apocalypse le fait que «le
mauvais usage des forces spirituelles est en rapport avec la
force tentatrice de la Bête à deux cornes [celles-ci signifient
le penser abstrait du cerveau et la sensualité débridée]. Et l'on
appelle magie noire ce mauvais usage des forces spirituelles.
Le secret de la magie noire est en effet caché dans le secret
du 666, le secret de Sorat ». Que le Noyau de la Terre soit en
rapport avec l'oeuvre de Sorat ressort clairement du fait que
cette oeuvre se fait dans les deux directions décrites : d'une part
elle agit par un «entendement séduit» ou une «intelligence
séduite» (GA 104, 30.6.1908), et d'autre part elle travaille par
une sensualité illimitée qui même «s'adonne à la luxure, aux
noces avec la matière ».125
La magie noire mène le combat contre la magie blanche qui
doit naître des forces de l'amour spiritualisé. Le modèle suprême
en est constitué par les Séraphins, les Esprits de l'Amour univer-
sel, qui avec cet Amour créent de nouveaux mondes. Rudolf
Steiner décrit comment la Jérusalem céleste naîtra un jour de
cette magie blanche. «Nous voyons la Jérusalem céleste s'éle-
ver de la magie blanche» (GA 104, 29.6.1908). À partir de
ce Noyau de mal de notre Terre, un combat est mené dés à
présent, qui s'intensifiera dans l'avenir, un combat contre le
passage de notre planète à l'état de Jupiter et par-là aux formes
de développement de Vénus et de Vulcain. Derrière ce combat
des Asouras se trouve, les guidant et les dirigeant, la puissance
du démon solaire lui-même qui cependant n'appartient pas à
l'évolution de la Terre mais à celle du Soleil.126
Dans son cycle de conférences sur l'Apocalypse, Rudolf
Steiner rapporte qu'au Tournant des Âges la tentative a été faite
de la part de Sorat d'empêcher le déploiement de l'impulsion
du Christ sur la Terre. «Cette entité [Sorat] n'aurait pu avoir
quelque chose de la Terre que si, à un certain moment, elle avait
pu acquérir le pouvoir là où le principe du Christ est descendu
sur la Terre. Si autrefois ce principe du Christ avait été étouffé
dès sa naissance, la Terre aurait pu dans sa totalité succomber
au principe de Sorat » (GA 104, 30.6.1908). Or ces plans de
Sorat ont été contrecarrés et anéantis par la Résurrection du
Christ au centre de la Terre. Une toute nouvelle situation est
alors apparue sur terre que Rudolf Steiner décrit ainsi : «Cela
n'a pas été le cas, de sorte que cette entité doit se contenter des
déchets qui ne se sont pas tournés vers le principe du Christ
de ces êtres humains qui sont restés dans la matière ». Le dan-
ger qui par-là a été surmonté sur le plan cosmique ne dispa-
raît pas pour autant sur le plan humain, car les êtres humains
restés dans la matière «constitueront à l'avenir ses cohortes ».
De tels êtres humains, inspirés pernicieusement par le Noyau
de la Terre, développeront un penchant irrésistible à la magie
noire.

 

La concentration des forces du mal à l'intérieur de la Terre
concerne seulement un aspect de l'être de notre planète. Du
point de vue cosmologique, se trouvent également à l'inté-
rieur de la Terre les forces de l'Heure du Minuit des Mondes
qui, de par leur origine, appartiennent à la périphérie extrême
de notre univers et sont comme exilées dans le Noyau ter-
restre. On peut aussi dire que celui-ci est comme l'antipode
du Minuit des Mondes. Infiniment comprimées, ces forces
forment le Noyau le plus intérieur de la Terre et aspirent dès
le début à une délivrance future, tout comme les forces cos-
miques et hiérarchiques des autres couches. Nous allons voir à
présent comment cela peut se réaliser.
Rudolf Steiner communique un résultat de sa recherche spi-
rituelle qui semble d'abord contredire tout ce qui vient d'être
dit. Il dit que c'est justement à partir du centre de la Terre que la
première Hiérarchie, les Trônes, les Chérubins et les Séraphins,
déploie ses forces. «Nous jetons ainsi un regard sur ce qui, de
façon centrifuge, est provoqué par rayonnement, à partir du
centre dans notre planète. Notre planète est composée de telle
sorte qu'à partir de son centre agissent les Esprits de la Volonté
ou Trônes, les Chérubins et les Séraphins. Si bien que nous
pouvons dire, si nous considérons le centre de notre planète :
là se trouvent des entités sublimes, des Trônes, des Chérubins,
des Séraphins» (GA 121, 11.6.1910). Pour comprendre com-
ment ces «entités sublimes» agissent à partir du centre de la
Terre, il faut se placer dans la sphère de l'Heure du Minuit
des Mondes. À cet endroit suprême entre deux incarnations,
l'homme fait l'expérience d'un nouveau ciel s'ouvrant devant
son regard spirituel, mais d'un ciel situé non pas au-dessus de
lui mais en dessous de lui. «Cependant nous regardons vers le
bas la Terre. La Terre ne nous apparaît pas de manière physique
comme nous l'avons ici autour de nous. Ce qui nous apparaît
là, en direction de la Terre, c'est une vie spirituelle prodigieuse
qui est tissée par les actes des Séraphins, des Chérubins et des
Trônes» (GA 239,25.5.1924). Et ces esprits sublimes impri-
ment les conséquences du karma terrestre de l'homme jusque
dans la matière du monde terrestre.
On peut donc dire qu'au centre de la Terre se trouve
d'une part le centre de la magie noire, duquel agissent sans
cesse vers le haut les forces so\ratiennes du mal, mais que
c'est aussi de là que s'épanouit l'activité de la Hiérarchie la
plus haute, conduite par les Esprits de l'Amour universel ou
de la magie blanche. Cependant, ces deux forces polaires
oeuvrent sur deux bords différents de l'existence cosmique
qui sont séparés par un abîme aussi profond que la distance
entre le centre de la Terre et la sphère cosmique du Minuit
des Mondes se trouvant derrière la sphère des étoiles fixes.
En d'autres mots: pour traverser cet abîme dans le sens des
bonnes puissances, l'âme humaine se trouvant sur le chemin
entre deux incarnations doit s'élever jusqu'à la sphère du
Minuit des Mondes, pour œuvrer de là à la construction de
son karma jusque dans le monde terrestre avec les forces de la
première Hiérarchie.
À ce lien originel, vertical, du centre de la Terre à l'Heure
du Minuit des Mondes, le Christ a ajouté un nouveau lien,
horizontal, qui s'est réalisé le Samedi saint au centre de la Terre
(voir à ce propos le chapitre 2). Pour comprendre comment
cet acte a été accompli par le Christ, il faut prendre en compte
la déclaration suivante de Rudolf Steiner.
Comme cela a été dit au chapitre 1, au moment de la cru-
cifixion, le Fantôme du corps physique était déjà parfaite-
ment restauré dans sa forme originelle. Rudolf Steiner indique
même qu'à ce moment-là il était déjà complètement séparé de
la matière du corps, si bien que celui-ci n'était plus maintenu
par le Fantôme mais seulement « par la loi de la force d'iner-
tie» (GA131, 12.10.1911).1'8 Et lorsque plus tard, le corps
privé de Fantôme a été traité à l'aide de certains aromates, il
est tombé en fine poussière peu après la mise au tombeau, en
une poussière qui a été ensuite absorbée par une fissure de la
Terre (Voir GA 130, 9.1.1912).
Après tout cela, qu'est-il arrivé au Fantôme restauré ? Tout
d'abord, le chemin du Fantôme et le chemin de l'Esprit du
Christ se sont séparés. Le Fantôme a suivi le même chemin
que suit le Fantôme de n'importe quel corps humain après
la mort. Il descend dans les profondeurs de la terre jusqu'à la
septième sphère où il reste un certain temps. Rudolf Steiner
décrit ainsi ce processus : «Ce qu'on appelle habituellement le
corps humain périt à la mort au sens physique-matériel. Il se
dissout dans les couches supérieures de la terre, mais la somme
de forces qui maintient le corps physique dans sa forme [le
Fantôme] ne se dissout pas. Vous la trouverez dans la sep-
tième couche, le «Miroir terrestre» [...1. De fait, ce Miroir est
une sorte de réservoir pour les formes qui restent présentes.
La matière périt, mais la forme [le Fantôme] est conservée»
(GA 96, 16.4.1906). Que la conservation se fasse justement
dans cette couche provient du fait que celle-ci a à faire avec les
forces saturniennes, c'est-à-dire avec les forces emprisonnées
des Trônes. Ceux-ci ont été les vrais créateurs du Fantôme sur
l'ancien Saturne, de sorte qu'une attraction naturelle entre ce
Fantôme et la septième couche en résulte.
Le destin ultérieur du Fantôme est décrit par Rudolf Steiner
de la manière suivante : «Si à présent vous continuez d'obser-
ver une telle forme humaine conservée, vous verrez qu'elle
reste quelque temps dans cette septième couche. Ensuite, elle
est réellement déchiquetée dans la huitième couche, dans le
« Disperseur » ou «Créateur de nombres ».1"
Ici, il ne s'agit pas en premier lieu du fait que le Fantôme
est divisé mais qu'il est multiplié. Cela ressort clairement de la
remarque suivante de Rudolf Steiner: «Il se passe en fait exac-
tement la même chose que ce que je vous ai décrit auparavant
concernant la fleur pour la simple contemplation ». Il est fait
ici allusion à un passage antérieur de la même conférence où
Rudolf Steiner, à propos de la huitième couche, décrit com-
ment l'initié, lorsqu'il se représente spirituellement une fleur,
mais aussi un animal ou une oeuvre d'art humaine et, regardant
pour ainsi dire à travers elle, se concentre ensuite sur cet endroit
intérieur de la Terre, peut expérimenter que cette fleur (ou autre
chose) apparaît à son regard intérieur multipliée en d'innom-
brables exemplaires ».
Les formes ainsi multipliées du Fantôme du corps physique
peuvent par la suite être intégrées aux Fantômes d'autres êtres
humains à leur naissance sur terre. Alors l'homme «porte aussi
en soi, en son centre, dans le corps, d'autres hommes d'après
leur forme »2" Une telle fragmentation ou multiplication du
Fantôme dans la huitième couche de la Terre n'est possible que
parce que, lors de la Chute, il a pris en soi les forces de la mort
et du dépérissement. Celles-ci ne l'autorisent pas à se mainte-
nir dans sa forme originelle.
Le destin du Fantôme du Christ Jésus a été tout autre. Il
est d'abord descendu, comme attiré par une force d'attraction
naturelle, jusqu'à la septième couche. Après un certain temps,
il est passé, comme tous les autres Fantômes, dans la huitième
couche où cependant, grâce aux forces originelles rétablies en
lui, il n'a pas été déchiqueté. Dans le christianisme exotérique,
on exprime ce processus sous une forme imagée en disant que
le gosier des Enfers n'a pas pu avaler le Ressuscité.
Dans cette huitième couche, le Fantôme demeuré intact
a été nouvellement saisi et pénétré par l'esprit du Christ qui
entre-temps avait traversé les sept couches antérieures (à ce sujet
lire un peu plus loin). Le Christ, habillé du corps du Fantôme,
s'est trouvé au seuil de l'Enfer le plus profond et a accompli
uni au Fantôme le dernier pas: l'entrée dans le Noyau de la
Terre, afin de réaliser là le lien horizontal évoqué plus haut avec
l'autre bord de l'existence universelle. Telle une percée gigan-
tesque, inimaginable, une toute nouvelle union s'est établie avec
la sphère de l'Heure du Minuit des Mondes, c'est-à-dire avec
l'action de la première Hiérarchie puis avec celle des deux autres
Hiérarchies. Et ainsi a rayonné au centre de la Terre le « Christ-
Soleil » spirituel, indiquant le début de l'événement de Pâques.
Ou bien, avec les termes d'Emil Bock: «Ainsi, pendant que sur
la terre règne le sombre sabbat du tombeau, le soleil se lève dans
le royaume des morts. Voilà le sens de la Descente aux Enfers du
Christ: alors que sur terre c'était encore le Samedi saint, dans le
royaume des morts c'était déjà Pâques.» 131
Ce qui au chapitre 2 a été présenté comme la création
du Corps de Résurrection (par opposition au Fantôme) s'est
accompli pendant le Samedi saint dans le Noyau de la Terre.
À ce moment-là, le Fantôme, qui jusque-là avait appartenu au
bord situé en deçà de l'existence cosmique, s'est entièrement
empli, grâce au Christ puisant aux forces de la Trinité divine, de
la spiritualité cosmique qui se trouve sur le bord situé au-delà
de l'existence cosmique : le système des membres s'est empli
des forces de la première Hiérarchie, le système rythmique des
forces de la deuxième Hiérarchie et le système-tête des forces
de la troisième Hiérarchie (voir chapitre 1). De cette manière,

- 151 -

 

l'Enseignement des 40 jours (partie 2)

le Fantôme a été transformé en Corps de Résurrection. Et de
même que le Fantôme n'a pas été déchiqueté par la huitième
couche, de même le Corps de Résurrection n'a été retenu par
aucune magie noire de l'enfer. Empli par l'esprit du Christ,
il a accompli une sorte d'« Ascension» céleste ou, plus pré-
cisément, une «Ascension» terrestre qui, partant du Noyau
terrestre, s'est poursuivie ensuite à travers les neuf couches
jusqu'à la surface de la Terre, pour apparaître le Dimanche de
Pâques en tant que Ressuscité à ses disciples.
Dans sa conférence du 16 avril 1906, Rudolf Steiner indique
que des courants spirituels s'écoulent à travers le centre de la
Terre en formant une croix. «Notamment deux courants de
forces verticaux traversent verticalement, en allant l'un vers
l'autre, le centre de la Terre. Ce ne sont pas des cordons mais des
directions de forces» (GA 96).
Deux croix se trouvent ainsi en rapport avec la croix phy-
sique du Golgotha: la croix qui vient d'être décrite, dans les
profondeurs de la Terre, et la grande croix cosmique qui brille
dans les hauteurs du monde spirituel et qui est décrite dans
la méditation de la Pierre de Fondation.132 Là nous est mon-
tré comment les forces du Père divin oeuvrent du haut vers le
bas à travers la première Hiérarchie, comment les forces du Fils
rayonnent d'est en ouest à travers la deuxième Hiérarchie, et
comment les forces de l'Esprit saint montent du bas vers le haut
à travers la troisième Hiérarchie.
Sur la base de ce qui vient d'être dit, on peut découvrir un
nouvel aspect de la Descente aux Enfers du Christ et du début
du processus de résurrection au centre de la Terre. Car on peut
dire que, par sa Résurrection, le Christ a transporté au centre de
la Terre la grande croix cosmique des forces hiérarchiques et l'a
reliée à la croix intérieure de la Terre. Par-là a été remportée au
centre de la Terre la victoire définitive de la croix du Gôlgotha sur
le mal et a été créée la possibilité d'une intégration future de la
Terre dans le cosmos hiérarchique. Depuis, la Terre porte la croix

- 152

du Golgotha en soi. Elle est devenue le corps cosmique du Christ.
Voilà la signification du signe occulte par lequel Rudolf Steiner a
clos l'acte cultuel de la pose de la Pierre de Fondation.'"
Pour mieux saisir l'« Ascension terrestre» décrite plus haut,
il faut encore inclure un autre aspect de la recherche spirituelle
concernant l'intérieur de la Terre. Rudolf Steiner souligne dans
plusieurs conférences que c'est surtout par le chemin d'initiation
chrétien-mystique qu'un savoir concernant les neuf couches
décrites de la Terre peut être acquis. Ainsi ses sept degrés se trou-
vent en relation directe avec les sept premières couches: (Voir
GA 96, 16.4.1906.)

1. Lavement des pieds Terre Minérale
2. Flagellation Terre liquide
3. Couronnement d'épines Vapeur terrestre
4. Portement de croix Terre-forme
5. Mort mystique Terre-fruit
6. Mise au tombeau Terre-feu
7. Résurrection Miroir terrestre

Il est frappant de constater qu'ici, comme dans d'autres
conférences, Rudolf Steiner, de façon conséquente, clôt la liste
par la Résurrection en tant que septième degré. Cela devient
compréhensible si l'on se souvient que la septième couche a à
voir avec les forces de Saturne et par conséquent avec les forces
bannies des Esprits de la Volonté et donc avec le Fantôme,
dont la restauration constitue le fondement et la condition de
la Résurrection.
On peut ici poser la question de la recherche spirituelle
concernant les trois dernières couches terrestres. La réponse
peut être trouvée dans une autre conférence où Rudolf Steiner
indique que « la huitième sphère [...] est également percep-
tible au septième degré d'initiation» (GA 94, 11.7.1906). On
peut donc prolonger la correspondance ainsi :


- 153 -

7. Résurrection Miroir terrestre
8. Résurrection Déchiqueteur

La raison pour laquelle le septième degré d'initiation
s'étend sur deux couches ressort clairement des considérations
antérieures. Cela se justifie par le fait que la septième et la
huitième couche ont une relation particulière au Fantôme
humain (comme cela a été décrit plus haut). Mais en ce qui
concerne le dernier degré, il s'appelle « Ascension » sur le che-
min chrétien-mystique et se trouve, d'après ce qui vient d'être
dit, en rapport avec la neuvième couche et par conséquent
avec le Noyau terrestre lui-même :

D9. Ascension Noyau terrestre

Cela nous rend attentifs au secret de I'« Ascension terrestre»
de l'esprit du Christ, c'est-à-dire à l'ascension qu'il a accom-
plie, habillé du Corps de Résurrection, à travers le Noyau ter-
restre, à travers les huit couches suivantes jusqu'à la surface de
la terre et au-delà.

 

La descente décrite du Christ à travers toutes les couches
intérieures de la Terre constitue également une clé pour com-

prendre plus profondément la « multiplication » de son Fantôme
dans l'environnement de la Terre, multiplication telle que, dans
la perspective du développement de la Terre, tout être humain
peut en recevoir une reproduction spirituelle. Rudolf Steiner en
parle dans le cycle de conférences intitulé De Jésus au Christ.
«Imaginez que l'homme, grâce à ce que l'on conçoit comme
processus mystique-christologique, reçoit un tout autre corps
que celui qu'il a reçu peu à peu dans la ligne descendante. Et

- 154

concevez chacun de ces corps reçus par les hommes comme
étant dans le même rapport avec ce qui est ressuscité du tom-
beau que les cellules du corps physique humain avec l'ovule
fécondé. Autrement dit, nous devons concevoir ce qui est res-
suscité du tombeau comme augmentant en nombre, se mul-
tipliant, de même que se multiplie l'ovule fécondé qui est à la
base du corps physique» (GA 131, 11.10.1911).134
Dans cette description, il est remarquable que Rudolf
Steiner évoque souvent l'apôtre Paul qui, le premier, a décou-
vert le secret de la multiplication du Fantôme dans la sphère
spirituelle de la Terre et l'a fait connaître par son enseignement
ésotérique. Dans le cycle évoqué, il est dit à ce sujet «qu'il [le
Christ] est apparu dans un corps spirituel, dans le corps dont
Paul dit qu'il se multiplie comme une graine et pénètre en
tous les hommes» (GA 131, 12.10.1911).
Ce processus de multiplication spirituelle du Fantôme
forme le pôle opposé à la multiplication des Fantômes dans
la huitième couche intérieure de la Terre. Ce qui se passe là
constamment dans un sens négatif en tant que conséquence de
la Chute oeuvre dans un sens positif et d'une manière décisive,
après la Résurrection, pour l'avenir de l'humanité dans l'envi-
ronnement spirituel de la Terre. Les deux processus se sont
étroitement reliés l'un à l'autre. Car du fait que le Fantôme
restauré du Christ n'a pas été déchiqueté et multiplié dans
la huitième couche comme tous les autres corps humains, la
propriété jusque-là existante de cette multiplication a pu être
arrachée aux forces maléfiques des couches de la Terre pour
être ensuite utilisée d'une tout autre façon. À partir de là, ce
Fantôme multiplié a servi à mettre les hommes en relation
substantielle avec les forces de la Résurrection (c'est-à-dire par
l'incorporation des reproductions du Fantôme).
Ainsi s'est accompli dans le développement de l'humanité
ce que Rudolf Steiner appelle «le sauvetage du Je humain».
«En s'incorporant ce corps incorruptible, l'homme parviendra

- 155-

à éclaircir de plus en plus sa conscience-du-Je. Il parvien-
dra de mieux en mieux à reconnaître dans sa nature ce qui
passe d'incarnation en incarnation» (GA 131, 11.10.1911).
Autrement dit, en se reliant consciemment à une reproduc-
tion du Fantôme multiplié du Christ, l'homme fera l'expé-
rience de l'immortalité de son Je, et il parviendra à saisir ainsi
consciemment son Je supérieur dans le monde spiritue1.135
Le pas suivant pour l'homme sera l'appréhension de son
vrai Je.'36 Cela aura également lieu dans le monde spirituel,
mais cette fois à travers une relation consciente à l'autre côté
de la Résurrection, le Corps de Résurrection lui-même. De
cette manière, il devient possible pour l'être humain d'unir
son Je terrestre, dont le développement constitue le sens et
l'être de l'existence terrestre, d'abord au Je supérieur (qui
« Passe d'incarnation en incarnation ») grâce aux forces du
Fantôme, et ensuite au vrai Je grâce aux forces du Corps de
Résurrection, sans perdre ce Je terrestre. Autrement dit, pour
comprendre la transformation du Fantôme, il faut atteindre le
degré du Je supérieur ; mais pour connaître la nature et l'ori-
gine du Corps de Résurrection, il faut en plus faire appel aux
forces du vrai Je. Car c'est seulement avec ces forces que l'ini-
tié peut vraiment percer à jour le secret du Noyau terrestre et
ainsi le secret du mal.
Or, pour saisir exactement où, dans la vie du Christ après
la Résurrection, la multiplication du Fantôme a eu lieu, il faut
encore tenir compte d'un autre élément. Dans la conférence
déjà citée du 16 avril 1906, Rudolf Steiner décrit en détail la
possibilité de mener des recherches concernant l'intérieur de
la Terre sur le chemin d'initiation chrétien-mystique. Il appa-
raît alors un certain décalage entre cette conférence et celle du
11 juillet 1906. Dans cette dernière, en effet, il explique que
la septième et la huitième couche sont accessibles à l'initié au
degré de la «Résurrection». (D'où il s'ensuit que les secrets de la
neuvième couche ne se révèlent qu'au degré de l'«Ascension»).

- 156

Au contraire, dans la conférence du 16 avril, Rudolf Steiner
rapporte, en ce qui concerne la possibilité de connaître la hui-
tième couche (« le Déchiqueteur »), qu'il s'agit ici du degré
d'initiation que le disciple spirituel «n'acquiert dans l'ini-
tiation chrétienne qu'après la Résurrection ». Il s'ensuit que,
pour faire des recherches touchant aux secrets de la huitième
couche, il faut avoir atteint, sur le chemin chrétien-mystique,
le degré de I'« Ascension ».
Ces deux déclarations de Rudolf Steiner ne se contredisent
pas si l'on réalise qu'il s'agit de la recherche de secrets diffé-
rents dans la même couche intérieure de la Terre, couche pour
laquelle d'abord l'un puis l'autre degré d'initiation sont néces-
saires. Il faut avoir atteint le degré de la «Résurrection » pour
pouvoir sonder les secrets du déchiquetage ou de la multipli-
cation du Fantôme dans la huitième couche de la Terre. En
revanche, il faut le degré encore supérieur de I'« Ascension »
pour connaître dans la même couche la relation entre la mul-
tiplication négative et son archétype positif dans l'environne-
ment spirituel de la Terre.
Là, nous devons encore tenir compte du fait que cette
multiplication concerne dès le début seulement le Fantôme et
non pas le Corps de Résurrection. Car, comme nous l'avons
vu, la restauration du Fantôme et sa préparation pour chaque
être humain (multiplication) apportent également la com-
pensation de ce que l'on appelle la Chute. Dans l'évolution
du monde, celle-ci a été permise par les dieux sans l'accord
des hommes. C'est pourquoi cela faisait partie des tâches des
dieux de fournir une compensation à la chute de l'homme.
(Voir GA 143, 17.12.1912). En ce sens, la création du Corps
de Résurrection n'est liée qu'à l'avenir du développement ter-
restre et constitue ainsi la seule garantie que l'humanité pourra
atteindre un jour son but dernier sur Vulcain. Voilà pourquoi
le Corps de Résurrection ne peut être atteint et individualisé
que progressivement, et par un travail intérieur personnel

- 157-

entièrement fondé sur la liberté. Car à présent, il ne s'agit plus
d'une compensation du passé, mais du commencement d'une
nouvelle création qui embrassera toute l'évolution future de la
Terre et de l'humanité jusqu'à Vulcain (et même au-delà). Les
hommes puiseront un jour à cette source commune la force
nécessaire à la saisie consciente du vrai Je, sans lequel l'évolu-
tion ultérieure ne pourrait pas s'accomplir.
Comme le degré de l'Ascension sur le chemin d'initia-
tion chrétien-mystique a aussi un lien réel avec l'Ascension du
Tournant des Âges (au sens d'un microcosme dans lequel se
reflète le macrocosme), il faut constater que la multiplication du
Fantôme du Christ a été préparée par celui-ci dans le processus
de son Ascension et ensuite réalisée. Car, comme cela a été dit,
la possibilité en a été tirée des abîmes de la Terre par le Christ
lui-même et élevée jusqu'à l'environnement spirituel de celle-ci.
On peut se demander à présent quel degré d'initiation il faut
avoir atteint pour pouvoir mener des recherches sur le Noyau de
la Terre? Si l'on en croit la conférence du 16 avril, un tel degré
d'initiation doit se trouver au-dessus du degré de l'Ascension.
Cela est également confirmé par un passage de la conférence
où Rudolf Steiner laisse entendre que la neuvième couche ne
correspond pas exactement au Noyau terrestre mais l'entoure
comme une dernière enveloppe. (« Ensuite il y a la neuvième
couche, qui entoure directement le centre de la Terre»). Quel
est donc le degré qui mène au-delà du degré de l'« Ascension » ?
Dans la suite des stations de la vie du Christ, dans le sens du che-
min d'initiation chrétien-mystique, on trouve, après les degrés
de la Résurrection et de l'Ascension, celui de la Pentecôte. Or
dans ce cas il ne peut s'agir du degré de la Pentecôte historique,
mais de quelque chose d'encore plus élevé. 137
De fait, Rudolf Steiner évoque à un endroit cet élé-
ment supérieur. De par son essence, il est en rapport avec la
Pentecôte qui a eu lieu au Tournant des Âges (car c'est en elle
qu'est puisé ce qui permet de l'acquérir), 1" mais constitue

tout de même, comparé à l'autre, un degré supérieur. Il coule
de source que seuls quelques initiés peu nombreux, guides
de la Terre, peuvent atteindre ce degré d'initiation. En lien
avec Manès, fondateur du manichéisme au 4e siècle, Rudolf
Steiner décrit ce degré avec les mots suivants : «Lui-même,
Mani, se désigne comme le "paraclet", comme l'Esprit saint
promis par le Christ à l'humanité. Mais cela doit être compris
de telle sorte qu'il se désignait comme une incarnation de cet
Esprit saint; il n'entendait pas être l'Esprit saint lui-même. Il
se représentait que cet Esprit saint apparaît en réincarnations
et se désignait lui-même comme l'une de ces réincarnations de 44
l'Esprit» (GA 93, 11.11.1904)239
Il est ici question d'une relation à l'Esprit saint qui est
encore plus essentielle que celle dans laquelle les apôtres ont
pénétré au Tournant des Âges par suite de l'événement de la
Pentecôte. Et pourtant, ce degré supérieur est inséparable de
ce dernier. Il en est le prolongement direct.'4°
Il n'y a aucun doute sur le fait que Rudolf Steiner aussi
était intimement lié à ce degré initiatique. Car sinon, com-
ment aurait-il pu, à partir de sa propre recherche spirituelle,
donner de si nombreux enseignements sur les profondeurs
de la Terre et sur l'essence du mal (des puissances adverses),
enseignements pour lesquels il n'a existé dans l'histoire de
l'humanité et n'existe encore aujourd'hui rien de comparable?
Et surtout, il a été capable, en puisant à cette source, d'entrer
si profondément dans l'essence du Mystère du Golgotha qu'il
a pu le premier non seulement parler de l'essence du Fantôme
du Christ mais encore de son Corps de Résurrection. Et dans
la méditation de la Pierre de Fondation, il a ouvert à tous les
hommes de bonne volonté le chemin moderne qui conduit à
l'expérience de la pleine réalité de la Résurrection. Là réside le
véritable secret de l'initiation de Rudolf Steiner.

164-
Il nous faut maintenant nous interroger sur l'essence et la
cause des trois tremblements de terre. Car ceux-ci ne peuvent
être compris que sur la base de ce qui vient d'être exposé. Le
premier a eu lieu le Vendredi saint, le second le Samedi saint
et le troisième au matin du Dimanche de Pâques. Du point
de vue de la science de l'esprit, les tremblements de terre sont
toujours liés à des effets issus de la cinquième et de la sixième
couche de la Terre (Terre-fruit et Terre-feu) (voir GA96,
16.4.1906), ce qui évidemment n'exclut pas que d'autres fac-
teurs puissent intervenir.141
Le premier tremblement de terre est arrivé après la mort du
Christ Jésus sur la croix. Seul l'Évangile de Matthieu rapporte
cet événement : « Et voici, le voile du temple se déchira en
deux, depuis le haut jusqu'en bas, la terre trembla, les rochers
se fendirent» (27, 51).142 La déchirure du voile dans le temple
est ici un véritable symbole exprimant le début de l'union de
l'esprit du Christ avec l'atmosphère spirituelle de la Terre. Car
le temple est aussi l'image du corps physique. Et cet aban-
don du corps physique avait déjà commencé avant la mort
sur la croix. De ses recherches dans le domaine du Cinquième
Évangile, Rudolf Steiner rapporte que l'« on contemple ce
lien de l'impulsion cosmique du Christ avec l'aura de la Terre
pendant cet obscurcissement [qui a commencé pendant la
crucifixion] avant sa mort» (GA148, 16.11.1913). Et puis
il complète ce rapport par une remarque personnelle : «C'est
une impression extraordinairement puissante que de contem-
pler ainsi en esprit la croix du Golgotha et de voir le Christ se
répandre sur la vie terrestre à travers la terre obscurcie ».
En ce sens, le fait que l'on ne trouve que dans l'Évangile
de Luc ce résultat issu des recherches de Rudolf Steiner est
important. Luc rapporte en effet que le rideau du temple s'est
déchiré avant la mort sur la croix (23,45).14' En revanche,
Matthieu et Marc placent la déchirure du voile à l'instant qui
suit immédiatement la mort sur la croix (27,51 et 15,38). Cette

-1 6 /

différence tient à ceci que Luc contemple surtout le début du
processus d'union de l'entité du Christ avec l'aura de la Terre
tandis que Matthieu et Marc en contemplent davantage la fin.
Du point de vue de la science de l'esprit, on peut dire
que l'union du Christ avec l'aura de la Terre a commencé
au moment où le Fantôme du corps physique de Jésus
était entièrement restauré, ce qui, d'après le témoignage de
Rudolf Steiner, était déjà réalisé avant la mort sur la croix.
(Voir chapitre 1.) 144 Au contraire le tremblement de terre
que l'Évangile de Matthieu rapporte également à cet endroit
indique la descente du Fantôme parfaitement restauré dans
les profondeurs de la Terre et tout spécialement sa traversée
de la cinquième et de la sixième couche sur son chemin vers
le lieu qui a été décrit plus haut dans ce chapitre. Cela a
constitué pour toute l'évolution de la Terre un événement
absolument nouveau.
Rudolf Steiner met le second tremblement de terre en rap-
port avec la réception du corps dans la fissure de la terre : «La
Terre s'est fissurée, la poussière du cadavre y est tombée et s'est
unie à toute la substance de la terre» (GA 130, 9.1.1912).
Ici il faut encore une fois rappeler que le corps du Crucifié,
après que le Fantôme s'en est détaché, s'est d'abord réduit
dans le tombeau en une fine poussière, presque immatérielle,
avant d'être reçu par la terre comme une sorte de médica-
ment homéopathique. Dans les conférences sur le Cinquième
Évangile, Rudolf Steiner décrit ce processus de manière encore
plus détaillée : «Ce tremblement de terre a secoué le tombeau
où avait été placé le cadavre de Jésus, la pierre qui avait été
posée dessus a été éjectée, une fissure s'est ouverte dans la terre,
et le cadavre a été reçu par cette fissure. À cause de nouvelles
secousses, la fissure s'est refermée sur le cadavre. Et quand au
matin les gens sont arrivés, le tombeau était vide, car la terre
avait accueilli en elle le cadavre de Jésus ; seule la pierre était
encore là, éjectée» (GA 148, 2.10.1913).

Ce deuxième tremblement de terre était le signe que l'esprit
du Christ, qui s'était d'abord uni à l'aura de la Terre, avait
commencé sa «descente aux Enfers », son chemin vers les pro-
fondeurs de la terre pour ressaisir son Fantôme. Et le tremble-
ment de terre était la conséquence de son premier passage dans
la cinquième et la sixième couche de la Terre.
Seul l'Évangile de Matthieu parle du troisième tremblement
de terre, le matin de Pâques (28,2). Il a eu lieu au moment
où l'esprit du Christ, vêtu de son Corps de Résurrection, est
passé pour la seconde fois par les deux couches évoquées plus
haut au cours de son «Ascension terrestre». La conséquence
de ce dernier tremblement de terre a été la fermeture de la
fissure qui avait accueilli préalablement la poussière du corps.
À un moment des conférences sur le Cinquième Évangile,
Rudolf Steiner indique que l'éjection de la pierre n'a pas été
provoquée par l'ouverture de la fissure mais par sa fermeture.
Résumant les événements, il décrit le déroulement suivant :
«Suivons encore une fois cette suite d'images ! Sur la croix du
Golgotha, Jésus trépasse. L'obscurité se répand sur la terre. Le
cadavre de Jésus est placé dans le tombeau ouvert. Un trem-
blement secoue le sol, et le cadavre de Jésus est accueilli par la
terre. La fissure provoquée par le tremblement se ferme, et la
pierre est jetée à côté. Tout cela, ce sont des événements réels»
(GA 148, 2.10.1913).
C'est ici que se trouve la possibilité de mettre en harmonie
les résultats des recherches de Rudolf Steiner avec le rapport de
l'Évangile de Matthieu. Car dans la citation évoquée plus haut
se trouve la phrase: «Et quand au matin [de Pâques] les gens
[les femmes] sont arrivés, le tombeau était vide, car la terre avait
accueilli en elle le cadavre de Jésus ; seule la pierre était encore
là, éjectée », dont il ressort clairement que ce tremblement de
terre a eu lieu avant leur arrivée au tombeau.145 Au contraire
l'Évangile de Matthieu rapporte qu'ils [elles] ont encore perçu
quelque chose du troisième tremblement de terre. (28,2.)


- 162 -

La raison pour laquelle les versions de Rudolf Steiner et
de l'Évangile de Matthieu différent tient d'après moi à ce que
Rudolf Steiner procède du point de vue de l'origine spirituelle
du deuxième et du troisième tremblement de terre, lesquels
sont en rapport avec le passage du Christ dans la cinquième
et la sixième couche, ce qui explique pourquoi il contemple
ces deux événements ensemble, sans évoquer leur distance
chronologique. Là réside aussi la différence avec le premier
tremblement de terre, car celui-ci est lié au chemin du Fantôme
dans les profondeurs de la Terre, tandis que les deux suivants
le sont au chemin du Christ lui-même. Matthieu, par contre,
se concentre davantage, dans sa lecture de la Chronique de
l'Akasha, sur le premier et le troisième tremblement de terre et
relie ce dernier directement à l'événement de la Résurrection
(la fin de I'« Ascension terrestre» du Christ) et donc, chro-
nologiquement parlant, au matin de Pâques et à l'arrivée des
femmes.
On peut par conséquent donner une vue d'ensemble des
trois tremblements de terre de la façon suivante :

 

 

 

 

1" tremblement après la mort sur la provoqué par le passage du
de terre Fantôme dans la cinquième et
croix le Vendredi saint
(Matth 27,51) la sixième couche de la Terre.

2 tremblement le Samedi saint peu provoqué par le premier
de terre après la mise au passage (de la «descente
tombeau'" aux Enfers») de l'esprit du
Christ dans la cinquième et
la sixième couche de la Terre
(ouverture de la fissure).
3e tremblement le matin de Pâques au provoqué par le deuxième
de terre lever du soleil passage (de l'« Ascension
(Marc 16,2) terrestre») de l'esprit du
Christ dans le Corps de
Résurrection à travers la
cinquième et la sixième
couche de la Terre (fermeture
de la fissure, éjection de la
pierre).


- 163 -

Comme nous l'avons vu, l'Évangile de Matthieu parle seule-
ment du premier et du troisième tremblement de terre, tandis
que Rudolf Steiner parle d'un deuxième et d'un troisième.'47
On peut tirer de ces vues un résultat important: les deux
derniers tremblements de terre, par lesquels la fissure de la
terre s'est ouverte et refermée, ont été provoqués par l'esprit
du Christ lui-même.
D'autre part, à partir des découvertes de Rudolf Steiner qui
viennent d'être exposées, nous voyons que l'esprit du Christ
avait déjà commencé à abandonner Jésus peu avant sa mort
et à passer dans l'aura de la Terre, ce qui avait suscité en Jésus
les paroles: «Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu aban-
donné ? » (Matth. 27,46). Dans le contexte décrit, ces mots
doivent être pris comme l'expression d'un fait suprasensible
concret. Il ne faudrait pourtant pas concevoir cette séparation
comme absolue, mais seulement comme suffisamment avan-
cée pour être vécue consciemment par Jésus. Car la suite des
voies suivies par le Christ lui est demeurée cachée. Dans les
couches plus profondes de son être, l'esprit du Christ, évidem-
ment, est resté inséparablement lié à Jésus jusqu'au moment
de la mort, après quoi il est passé définitivement avec lui dans
l'aura de la Terre. C'est pour cette raison que Rudolf Steiner a
pu affirmer à maints endroits de plein droit que le Christ aussi
(et pas seulement Jésus) a traversé la mort sur le Golgotha.148
Ainsi il a pu dire par exemple, dans l'une des conférences sur le
Cinquième Évangile : «La Terre a pu accueillir l'impulsion du
Christ grâce à la mort du Christ Jésus» (GA 148, 18.12.1913).
Mais un relâchement, c'est-à-dire un certain éloignement
du Christ de Jésus, était absolument nécessaire pour que Jésus
puisse mourir. Car cela n'aurait pas été possible avec la pleine
présence du Christ en lui.'49
Mais, immédiatement après la mort, Jésus a été accueilli par
l'esprit du Christ dans l'aura de la Terre. Et là, ils sont restés
unis jusqu'au début de la «descente aux Enfers» de l'esprit du

- 164 -

Christ le Samedi saint. Celui-ci est donc d'abord passé dans
l'aura de la Terre pour, de là, descendre ensuite dans les pro-
fondeurs de la Terre jusqu'à son centre. Ainsi a été fondé et a
pu commencer le processus par lequel la Terre peut devenir de
plus en plus le corps planétaire du Christ. (La pleine pénétra-
tion de l'aura terrestre n'a cependant eu lieu que plus tard et
se trouve, comme cela a été montré au chapitre 2, en relation
avec le secret de l'Ascension.)
Cette union de l'esprit du Christ avec la sphère terrestre
est présentée dans le motif central de la peinture de la petite
coupole du premier Goethéanum. Qu'on ait là vraiment à
faire avec ce mystère ressort d'une étude précise de l'esquisse
au pastel que Rudolf Steiner a réalisée de sa propre main pour
ce motif en 1914 (voir reproduction couleur apès la page 160).
La colline du Golgotha s'y trouve un peu à droite du centre,
avec ses trois croix sur lesquelles on peut reconnaître les
contours des trois corps suspendus. Les trois croix sont entou-
rées de ténèbres, ce qui correspond entièrement à la parole
des Évangiles : « Et à partir de la sixième heure, il y eut des
ténèbres sur tout le pays jusqu'à la neuvième heure» (Matth.
27,45), moment où Jésus trépassa (27,46 et 50). Cela signifie
qu'il s'agit ici de l'instant qui précède immédiatement et qui
suit immédiatement la mort, avant que le corps ne soit des-
cendu de la croix.
Puis, à côté de ce motif latéral, nous avons la puissante sta-
ture du Christ dans un or rayonnant, entourée d'une aura
éthérique de forme ovale et de couleur fleur de pêcher. La sta-
ture constitue le centre de la forme demi-circulaire de l'aura
terrestre aux couleurs de l'arc-en-ciel, dans laquelle le Soleil,
entouré également de fleur de pêcher, brille puissamment
jusque dans l'aura du Christ, comme signe de la transforma-
tion future de la Terre en nouveau Soleil. En face, la Lune
décroissante témoigne de la fin du vieux monde. Lucifer qui
monte15° et Ahriman emprisonné sous la terre manifestent


- 165 -

la naissance d'une sphère médiane qui deviendra plus tard
la sphère de la Résurrection du Christ et dans laquelle, après
la mort de Jésus, la vision éthérique rétrospective de celui-ci
commence, portée et gardée par le Christ. Par-là, le Christ a
posé le fondement du «nouveau corps éthérique » (GA 130,
9.1.1912) qui, après la Résurrection, deviendra son enveloppe
extérieure. Et en même temps a été préparé par lui, dans l'en-
tourage de la Terre, l'espace spirituel à partir duquel il a pu
oeuvrer plus tard en tant que Ressuscité.
Le Christ lui-même attend encore avant d'entamer sa «des-
cente aux Enfers» par laquelle il s'unira dans les profondeurs
de la Terre au Fantôme restauré. On peut également dire qu'il
attend que le Fantôme ait atteint la septième couche de la
Terre avant de commencer le processus de la Résurrection.

 

Quand on considère le chemin de l'esprit du Christ depuis la
colline du Golgotha à travers les sept couches de la Terre jusqu'à
sa réunion avec son Fantôme dans la huitième couche, on par-
vient à la compréhension suivante. Tel un éclair spirituel, le
Christ a parcouru ces sphères obscures, et aucune n'a pu retenir
son esprit. Les puissances adverses qui y règnent ont ainsi reçu
une limite à leur efficacité : les puissances lucifériennes dans les
trois premières couches, les puissances ahrimaniennes dans les
trois suivantes et les puissances asouriennes dans les trois der-
nières. Puis, dans la Résurrection, des bornes ont été mises à
l'action du démon solaire dans le Noyau terrestre.
La Résurrection elle-même a consisté, comme nous l'avons
vu, en la transformation du Fantôme en Corps de Résurrection
à partir des forces du Minuit des Mondes, lorsque le Christ est
entré en relation sur le plan horizontal avec les neuf Hiérarchies
jusqu'aux forces de la Trinité divine et a pénétré de leurs puis-
sances les trois systèmes du Fantôme)" Après quoi, Il a pu


- 166 -

traverser l'ensemble des neuf sphères, semant les germes des
forces hiérarchiques puisés à son Corps de Résurrection, 4
germes dont ces sphères avaient été privées. Cela a eu lieu dans
l'ordre suivant :

Noyau — forces des Séraphins
Déchiqueteur — forces des Chérubins
Miroir terrestre — forces des Trônes
Terre-feu — forces des Kyriotetes
Terre-fruit — forces des Dynamis
Terre-forme — forces des Exousiaï
Vapeur terrestre — forces des Archées
Terre liquide — forces des Archanges
Terre minérale — forces des Anges

Par cet acte ont été semés dans toutes les couches de la Terre
les germes de leur spiritualisation future qui conduira un jour <
à l'union de la Terre avec le Soleil. De plus, la possibilité est
ainsi apparue que les hommes puissent collaborer librement à la
transformation de la Terre, et cela non seulement du haut vers
le bas, mais aussi dans la direction de l'« Ascension terrestre» du
Christ, c'est-à-dire en s'élevant des couches les plus inférieures
vers le haut. C'est pourquoi Rudolf Steiner a pu dire: «Le but
du mouvement anthroposophique 152 doit donc être d'améliorer 44
le Déchiqueteur, la huitième couche ; il s'efforce de sauver du
centre de la Terre ce qui peut être sauvé» (GA 94, 11.7.1906).153
Car, au cours de son «Ascension terrestre», le Christ a posé dans
toutes les couches de la Terre la base de la victoire future des
hommes sur les puissances souterraines.
Rudolf Steiner résume tout ce développement par les mots
suivants : «Il existe ainsi un rapport entre l'intérieur de l'être
humain et l'intérieur de la Terre. Ce que l'homme fait sur
terre transforme peu à peu toute la planète. Et quand la magie
blanche se sera puissamment développée, le Noyau terrestre


1 K-7

lui aussi sera autre. Seuls les mages noirs seront expulsés sur
une autre Lune quand notre planète disparaîtra» (GA 94,
11.7.1906).
Du point de vue du Congrès de Noël, la transformation
1 du Noyau terrestre est liée à la Pierre de Fondation, qui est
elle-même en rapport avec la Nouvelle jérusalem.'54 Rudolf
Steiner l'a créée par un acte de magie blanche. C'est pour-
quoi sa culture dans le coeur de l'homme peut transformer le
Noyau terrestre. Puis la Pierre de Fondation a été transmise
aux membres pour construire sur sa base une communauté. La
nouvelle fraternité oeuvrant en elle jusque dans la formation du.
karma peut transformer le « Déchiqueteur ».'" Pour transfor-
mer le « Miroir terrestre », il faut que la Société devienne une
image des relations présentes dans le ciel. Cela s'atteint lorsque
les membres collaborent avec la troisième Hiérarchie.'56
Le travail sur les autres couches peut se dérouler de la
manière suivante. La formation d'un penser logique, qui
appartient au premier degré du chemin de développement
intérieur, influence la première couche. Mais elle doit aller de
pair avec l'estime, le respect de la pensée des autres hommes.
Pour transformer la «Terre liquide », il est nécessaire d'atteindre
le degré du penser vivant, lié à un profond respect face à tout
ce qui est vivant dans la nature. Quant à la «Vapeur terrestre»,
elle peut être transformée quand le penser devient organe de
perception des imaginations. Et cela doit s'accompagner de
respect face à la vie de l'âme des autres hommes (et même des
animaux).
En ce qui concerne la «Terre solide», il faut atteindre le vide
de la conscience. Les imaginations volontairement dissoute
libèrent dans l'âme un espace intérieur dans lequel les inspira-
tions du bien peuvent s'écouler, en provenance du monde spi-
rituel. Le bien devient alors une substance réellement agissante
qui opère de manière salvatrice sur la quatrième couche. La
transformation de la «Terre-fruit» a lieu lorsque l'homme

- 168 -

devient créateur dans son âme en puisant à la source du bien.
Et la «Terre-feu>) se transforme quand l'être humain développe
un enthousiasme tel pour les idéaux moraux du monde qu'elle
devient dans son coeur un feu intérieur capable de maîtriser les
forces destructrices de la sixième couche.
On peut comprendre en profondeur le processus de la
Résurrection tel qu'il s'est accompli dans le Noyau terrestre
par un travail méditatif sur la Pierre de Fondation ou, plus
précisément, sur la suite de ses volets, donnée par Rudolf
Steiner au moment de sa pose le 25 décembre 1923. Là il a
lu d'abord les trois parties microcosmiques des trois premiers
volets, puis le quatrième volet qui contient le rayonnement du
« Christ-Soleil » en son milieu, et, à la fin, de nouveau les trois
parties microcosmiques, mais unies cette fois à leurs corres-
pondants macrocosmiques. Dans le sens de ce qui vient d'être
présenté, on peut reconnaître dans les six lignes suivantes des
parties microcosmiques le chemin vers une union méditative
avec les forces du Fantôme restauré :

«Et tu vivras de façon vraie
Dans l'essence monde de l'homme»

«Et tu ressentiras de façon vraie
Dans l'oeuvre créatrice de l'âme de l'homme»

«Et tu penseras de façon vraie
Dans les fondements de l'esprit de l'homme»

Voilà le chemin intérieur par lequel l'homme d'aujourd'hui
peut atteindre un penser, un sentir et un vivre (un vouloir)
dans la corporéité du Fantôme restauré.
Le Vendredi saint, le « Christ-Soleil » spirituel a brillé au
centre de la Terre, après quoi a eu lieu la percée décrite plus
haut : l'union des trois systèmes du Fantôme aux forces des


- 169 -

neuf Hiérarchies et de la Trinité. Le Fantôme restauré est ainsi
devenu Corps de Résurrection.
Il en découle que, lorsque les parties microcosmiques de la
Pierre de Fondation sont méditées ensemble avec les parties
macrocosmiques, on est en voie d'unir à son propre être la
pleine réalité du Corps de Résurrection (et du Fantôme lié à
lui). Mais cela n'est possible que si l'on trouve préalablement
un lien intérieur direct à l'impulsion du Christprésent, grâce au
contenu du quatrième volet. Car toute vraie connaissance du
Christ, y compris celle qui cherche à comprendre le Mystère
du Golgotha, doit toujours avoir pour point de départ et pour
source spirituelle une relation directe à son éternelle présence.

 


De même que l'esprit du Christ s'est uni d'une nouvelle
manière à son Fantôme dans les profondeurs de la Terre, de
même il a pu s'unir d'une nouvelle manière à son corps éthé-
rique à la fin de son «Ascension terrestre». En effet, contrai-
rement au destin qui est celui d'un corps éthérique normal
après la mort, qui amène après trois jours celui-ci à se dis-
soudre dans le cosmos éthérique, le corps éthérique du Christ
Jésus, quant à lui, est resté parfaitement intact dans l'environ-
nement éthérique de la Terre. Et l'individualité de Jésus de
Nazareth était encore liée à lui. Car elle contemplait, comme
tout autre être humain pendant les trois jours qui suivent la
mort, le vaste panorama des 33 années écoulées de sa vie ter-
restre. Mais à la fin, ce corps éthérique spécial, répétons-le, ne
s'est pas dissous.'"
La Résurrection embrasse tous les événements depuis la
grande percée vers les forces spirituelles suprêmes au centre de la
Terre, qui ont transformé le Fantôme en Corps de Résurrection,
jusqu'à son union avec le corps éthérique transformé à la fin de
l'« Ascension terrestre», union grâce à laquelle le Ressuscité a

- 170 -

pu se rendre visible d'abord aux femmes et ensuite à tous les
disciples. Il ne faut cependant pas concevoir les événements
isolés dans leur suite chronologique mais dans leur apparte-
nance à la sphère de la Durée. C'est pourquoi on peut parler
à juste titre de l'événement de la Résurrection comme d'une
unité.
Par son Ascension ultérieure, comme cela a été montré au
deuxième chapitre, le Christ s'est relié au destin posthume du
corps éthérique de tous les êtres humains. Mais il a achevé son
«Ascension terrestre» en s'unissant à son propre corps éthé-
rique transformé. C'est ainsi qu'a été posé le fondement de la
future victoire sur la «seconde mort», 158 de même que, par
la Résurrection au centre de la Terre, le fondement a été posé
de la victoire sur la mort corporelle pour toute l'humanité.
Emil Bock écrit à ce sujet : «Au troisième jour, la puissance de
la mort ne parviendra pas à dissoudre le corps éthérique du
Christ. Par la maîtrise que le Christ conserve sur son propre
être, cette enveloppe éthérique ne s'éloignera pas de la Terre;
elle va plutôt se substantialiser, si bien que le Christ, grâce à
elle, pourra vraiment se relier à tout ce qui est terrestre» (Emil
Bock, Les trois années, chap. «Le Vendredi saint»). Autrement
dit, au moment où, après trois jours, le corps éthérique de Jésus
aurait dû se dissoudre dans l'éther universel et donc succom-
ber à la «seconde mort », le Christ ressuscité dans son Fantôme
transformé s'est uni, le matin de Pâques, à ce corps éthérique
pour apparaître aux disciples'" en tant que Ressuscité dans
une nouvelle enveloppe éthérique qui entourait et gardait le
Corps de Résurrection.
Rudolf Steiner indique à un seul endroit qu'une transforma-
tion a également eu lieu avec ce corps éthérique, une métamor-
phose qui, sur la base des considérations précédentes, peut être
placée en correspondance avec la transformation du Fantôme en
Corps de Résurrection. Dans la conférence du 9 janvier 1912,
il est question du «corps éthérique spécialement contracte°


- 171 -

l'Enseignement des 40 jours (partie 3 & fin) avant l'Ascension céleste

dont les parties ont été prises pour constituer le nouveau corps
éthérique avec lequel l'entité du Christ s'est habillée» après la
Résurrection (GA 130). On peut aussi dire que ce «corps éthé-
rique contracté» a le même rapport envers le «nouveau corps
éthérique » que le Fantôme envers le Corps de Résurrection :
ce sont comme deux entités qui forment en même temps une
unité indissociable.
Ensuite l'esprit du Christ est apparu aux femmes, puis aux
disciples, sous une forme telle que son Corps de Résurrection
était, par rapport au monde extérieur, comme « habillé » de ce
«nouveau corps éthérique ». On retrouve ici le double secret
de la Résurrection, que nous avons déjà évoqué au premier
chapitre en le caractérisant, dans notre description de la com-
munion spirituelle, comme le lien au corps et au sang spiri-
tuels du Ressuscité.

 

Il y a dans l'ceuvre de Rudolf Steiner une description qui
peut être considérée comme une clé pour suivre plus préci-
sément l'essence de ce processus. Et il est significatif que
cette description se trouve parmi les communications du
Cinquième Évangile. Ainsi, dans la conférence du 10 février
1914, Rudolf Steiner rapporte que les forces du sang éthérisé,
comme celles du corps du Ressuscité, sont perçues au moment
de la dissolution du corps éthérique, pendant les trois jours qui
suivent la mort, par tout être humain ayant trouvé sur terre
une relation consciente avec le Christ. Ce que Rudolf Steiner
présente ici de manière générale pour toute l'humanité a été
vécu de façon archétype par Jésus de Nazareth après sa mort
sur le Golgotha pendant les trois jours suivants dans l'environne-
ment éthérique de la Terre. Comme il a été sur terre le premier
parmi les hommes à entrer en relation avec le Christ, et comme sa
relation avec Lui pendant les trois années a été plus profonde

- 172 -

et essentielle que ne l'a jamais été et ne le sera jamais celle
d'aucun autre homme, il est parfaitement légitime d'appliquer
aussi aux vécus de Jésus de Nazareth après sa mort les résultats
suivants des recherches spirituelles de Rudolf Steiner.
Dans la conférence évoquée, Rudolf Steiner parle des
forces qui, depuis le Mystère du Golgotha, agissent dans le
corps éthérique de l'homme.161 Elles y sont présentes parce
qu'il a accueilli en lui le sang éthérisé du Christ ou, plus
précisément, la partie du sang qui, de la croix, avait coulé
directement sur la terre et s'y était éthérisée.162 «Cette partie
du sang s'est éthérisée, a vraiment été accueillie par les forces
éthériques de la terre, si bien que le sang ayant coulé autrefois
des blessures est devenu substance éthérique. Et cette subs-
tance éthérique brille, luit, vibre dans le corps éthérique »
(GA 148). Et quand l'homme, après la mort, l'aperçoit dans
son corps éthérique, il sait alors directement que le Christ
conduira tout le développement de la Terre jusqu'au futur
Jupiter. La prochaine incarnation de notre Terre est ainsi
spirituellement assurée : «Il y a là [dans le corps éthérique
humain] une vie nouvelle qui germe et qui conduit l'homme
de manière viable vers l'avenir». Il devient alors possible
que l'homme non seulement retrouve à la fin de l'éon ter-
restre son état originel dans le cosmos, mais puisse aussi
continuer à se développer. L'homme «parviendrait à Jupiter
mais ne pourrait s'adapter à la vie de cette planète si ce qui
a été acquis sur la Terre n'était pas transporté sur Jupiter ».
L'apparition décrite de son sang éthérisé dans le corps éthé-
rique de chaque être humain après la mort témoigne de ce
que le Christ veillera à ce que tous les fruits du développe-
ment de la Terre dans le cosmos ne soient pas perdus mais
soient conservés pour le futur Jupiter.
On peut donc dire que jésus de Nazareth, dans les jours qui
ont suivi sa mort, a été le premier homme à avoir reçu cette
substance éthérisée du sang sacré dans son corps éthérique,
;4 3

grâce à quoi il a conquis l'assurance que la Terre atteindra
vraiment un jour l'éon de Jupiter. Mais pour que cela soit
possible, autre chose encore devait inéluctablement se réaliser.
Car, pour garantir l'avenir, le sang seul ne suffisait pas. Il a"
fallu ajouter le corps sacré. De même que le corps éthérique de
l'homme est pénétré après la mort par la substance éthérique
du sang du Christ, de même tout le tableau, étendu au cos-
mos, du corps éthérique répandu après la mort, est vivifié par
les forces du Corps de Résurrection, ce qui rend visible pour
l'homme la substance éthérisée du sang du Christ dans son
corps éthérique.
À de nombreux endroits de ses conférences sur le Cinquième
Évangile, Rudolf Steiner décrit comment le corps de Jésus
«vidé de son sang» a été reçu par la Terre dans une fissure
produite par un tremblement de terre, pour ensuite passer par
la métamorphose décrite plus haut dans ce chapitre. Ensuite,
comme cela a été également évoqué, après que l'« Ascension
terrestre» du Christ fût achevée au matin de Pâques, s'est
accomplie l'union du Corps de Résurrection avec le corps
éthérique conservé dans l'environnement spirituel de la Terre,
union par laquelle, pour la première fois sous cette forme, le
sang et le corps se sont rejoints. «Autre chose encore s'est donc
rendu dans le corps éthérique: ce que la fissure terrestre a reçu
a pénétré ce que nous avons appelé le sang vibrant et scin-
tillant dans la substance terrestre, et par-là le sang vibrant
et scintillant est devenu visible dans le corps éthérique; si
bien qu'on a le sentiment, comme je le disais, que le corps
éthérique se répand après la mort et qu'on le voit comme une
sorte de firmament dont tout le reste se distingue ; le corps,
le corps vidé de sang du Christ jésus, qui a été reçu par la
fissure, qui est ainsi passé dans la Terre et qui apparaît dans le
tableau déployé du corps éthérique comme s'il le vivifiait, se
déploie dans ce corps éthérique répandu, comme une subs-
tance de base ».

- 174 -

Seule la contemplation de l'action conjuguée du sang éthé-
risé et du corps dépourvu de sang du Christ Jésus donne au
défunt, pendant sa vision du panorama éthérique, « la certi-
tude que l'humanité ne périra pas mais continuera à vivre en
tant que contenu spirituel de la Terre lorsque la Terre physique
périra, de même que le cadavre humain particulier périt et se
sépare de l'homme spirituel ».
De cette manière, tout homme contemple après sa mort
l'une des conséquences les plus importantes des événements
du Tournant des Âges. Depuis que le corps éthérique de Jésus
a été relié pour la première fois au Corps de Résurrection le
matin de Pâques, tout être humain, dans l'existence qui suit
la mort, peut considérer ce processus comme le 'gage du futur
Jupiter. C'est seulement par cette contemplation de l'avenir de
la Terre que l'homme peut connaître la vraie béatitude après la
mort. Car seul ce «que l'impulsion du Christ a fait de la partie
spirituelle de la Terre [donne] à l'âme la béatitude [...] dans
la vie entre la mort et une nouvelle naissance ». Néanmoins,
la possibilité de plonger ainsi son regard dans la «partie spiri-
tuelle de la Terre» découle de la communion spirituelle avec
le sang et le corps du Ressuscité, que tout homme peut vivre
après la mort en faisant l'expérience de l'impulsion du Christ
dans son corps éthérique.
En tant que conséquence du Mystère du Golgotha, cette
réunion du sang et du corps du Christ Jésus n'agit pas seule-
ment sur ce premier plan éthérique jusqu'au degré astral, car
elle n'est que le point de départ d'un développement ultérieur.
Cette liaison se manifeste au degré suivant du Dévachan infé-
rieur comme une promesse se rapportant au passage de Jupiter
à l'éon suivant de Vénus, et, sur le plan du Dévachan supé-
rieur, elle signifie le fondement du futur Vulcain. Il en résulte
la triple communion de l'être humain, qui s'accomplit sur les
trois plans cosmiques et garantit l'avenir de l'humanité sur
Jupiter, Vénus et Vulcain. Mais la condition reste toujours la

- 175

même : sur cette terre déjà, l'homme doit librement établir une
relation consciente avec le Christ et son acte sur le Golgotha.
Ce qui vient d'être exposé peut nous aider à mieux com-
prendre l'indication de Rudolf Steiner concernant «le nouveau
corps éthérique avec lequel l'entité du Christ s'est habillée» après
la Résurrection (voir plus haut). Car le « nouveau » consiste
justement en ce que le corps éthérique de Jésus, pendant le
Vendredi saint, a été pénétré par le sang éthérisé, «vibrant et
scintillant ». En tant que porteur de cette substance sanguine
éthérisée, le corps éthérique du Ressuscité est devenu quelque
chose qui différait complètement de ce qu'il était encore le
Vendredi saint.
De même, l'apparition de cette substance dans le corps
éthérique de Jésus de Nazareth a eu pour résultat que l'homme,
depuis lors et jusqu'à nos jours, peut aussi trouver celle-ci non
seulement après la mort, mais aussi pendant la vie terrestre.
C'est la raison pour laquelle Rudolf Steiner affirme que, depuis
le Mystère du Golgotha, coule en tout homme, à côté du cou-
rant du sang éthérisé humain montant du coeur vers la tête,
un second courant allant dans la même direction, celui du
Christ Jésus. Et si ces deux courants sont réunis en l'homme
grâce au travail anthroposophique, cet homme parviendra à
contempler le Christ éthérique. Telle est aujourd'hui la tâche
la plus importante de l'Anthroposophie. «Mais une réunion
de ces deux courants ne se réalise que si l'homme apporte la
juste compréhension de ce qui est contenu dans l'impulsion du
Christ. Sinon, aucune réunion ne peut se réaliser, et les deux
courants se repoussent mutuellement» (GA 130, 1.10.1911).
Et par «juste compréhension» il faut entendre essentiellement
une compréhension des événements du Tournant des Âges à
partir de lAnthroposophie.
Ces trois aspects sont également compris dans le quatrième
volet de la méditation de la Pierre de Fondation. Le chemin
du coeur vers la tête y est trois fois évoqué. Dans la première


- 176 -

partie, il est évoqué en lien avec les bergers et les rois. C'est
aussi une indication sur le courant humain du sang éthérisé,
qui, déjà aux époques préchrétiennes, s'écoulait chez tous les
êtres humains du coeur vers la tête. Dans la deuxième par-
tie, l'attention est attirée sur le rayonnement du « Christ-
Soleil » dans le développement de la Terre suite au Mystère
du Golgotha et, par-là, sur l'origine de l'autre courant, celui
du sang du Christ. Et dans la troisième partie, il est question
des actes des hommes qui ont atteint en eux-mêmes la sym-
biose des deux courants et qui veulent accomplir le bien dans
le monde en puisant à ces courants unifiés.

 

Il existe un endroit de l'Apocalypse qui désigne le double
aspect de la Résurrection, l'aspect lié au sang et celui lié au
corps, autrement dit l'aspect lié au corps éthérique condensé et
celui lié au Corps de Résurrection. C'est l'endroit où la mani-
festation du Christ-Soleil se montre entre deux «colonnes
de feu» situées l'une sur la mer et l'autre sur la terre (Apoc.
10,1-2; voir également le quatrième sceau apocalyptique
dans GA 104). Celle placée sur la terre indique le Corps de
Résurrection tandis que celle en rapport avec l'eau désigne
le nouveau corps éthérique du Ressuscité. (L'image de l'eau
exprime toujours de manière sensible l'élément éthérique).
Dans la suite de l'Apocalypse, à ce double mystère de la
Résurrection vont s'opposer les deux bêtes. La bête à sept têtes
et à dix cornes, issue de l'eau, apparaît la première (Apoc.
13,1). Envoyée par Sorat, cette bête tente d'empêcher les
hommes de tisser un lien au nouveau corps éthérique.163
Après cette envoyée de Sorat surgit Sorat lui-même, monté
du Noyau terrestre sous la forme de la seconde bête : «Et je
vis monter de la terre une autre bête. Elle avait deux cornes
semblables à celles d'un agneau et elle parlait comme un

•17

dragon» (Apoc. 13,11). Sorat déploiera toute sa puissance
pour empêcher toute relation au Corps de Résurrection. Car
celui qui ne crée pas consciemment et librement ce lien ne
trouvera pas le chemin de la Jérusalem céleste, c'est-à-dire du
prochain éon cosmique de la Terre.
Au chapitre 21 de l'Apocalypse, consacré au futur éon
de Jupiter en tant que Jérusalem céleste, il est question de
la victoire sur la première et sur la seconde mort (4 et 8).
Comme nous l'avons vu, l'homme surmontera de haute lutte
la première mort en accueillant en lui les forces du Corps de
Résurrection ; et il vaincra la seconde mort'" en accueillant les
forces du nouveau corps éthérique du Ressuscité. Sur la voie de
la réunification de la Terre et du Soleil, qui clora l'éon terrestre
et qui constituera le premier grand pas vers la spiritualisation
de la Terre (par la dissolution de ses substances physiques), les
forces du Corps de Résurrection joueront un rôle décisif. Mais
ensuite, sur la voie du second grand pas (la dissolution de ses
constituants éthériques, qu'il faut aussi atteindre, si l'union au
Soleil doit s'accomplir), c'est le nouveau corps éthérique du
Ressuscité qui jouera le rôle décisif.
Ce processus de spiritualisation de la Terre doit pourtant
être précédé par une transformation totale des couches inté-
rieures de la Terre, transformation qui sera engendrée par les
forces morales de l'homme lorsque celui-ci s'élèvera jusqu'à la
magie blanche ou pure magie de l'amour. «Quand la magie
blanche vaincra, il n'y aura plus de mal dans le monde [...].
À terme, toute la Terre sera une Terre spiritualisée, transfor-
mée par la force de l'humanité» (GA 95, 4.9.1906). Mais ce
but élevé qui est la conséquence de la «descente aux Enfers»
puis de l'« Ascension terrestre» du Christ ne pourra être atteint
qu'en lien avec les forces de son Corps de Résurrection.
Si, d'une part, la Résurrection du Christ apparaît comme
l'alpha et l'oméga de tout le développement du monde, qui
s'étend depuis l'ancien Saturne jusqu'au futur Vulcain, elle

- 178 -

apparaît d'autre part comme la source des forces spirituelles
avec l'aide desquelles l'intérieur de la Terre sera transformé,
afin que soit libre la voie conduisant à l'éon de Jupiter.

 

Le rapport de l'esprit de la Terre à la Terre intérieure


Le séjour du Christ au centre de la Terre est en rapport avec
l'être que Rudolf Steiner appelle l'esprit de la Terre. En décrivant
l'intérieur de la Terre, Rudolf Steiner ne l'évoque qu'en peu de
mots. Certes, il appartient aussi au centre de la Terre mais non
aux forces maléfiques qui y sont agissantes. À ce propos, Rudolf
Steiner explique que «la neuvième et dernière couche est, pour
ainsi dire, le domicile de l'esprit de la planète. Elle manifeste deux
caractéristiques particulières. On pourrait la comparer à un être
humain, car elle possède un organe qui ressemble à un cerveau, et
un autre organe semblable à un coeur » (GA 97, 21.4.1906).
Il faut supposer que, grâce à l'apparition du Christ dans la
demeure de l'esprit de la planète, celui-ci a été dans son être
l'objet d'une métamorphose qui a inauguré un nouveau déve-
loppement. Car dans l'avenir, sa fonction en tant que maître
de la planète sera assumée de plus en plus par le Christ lui-
même. «Le Christ devient de plus en plus l'esprit de la Terre, et
tout véritable chrétien sait comprendre les paroles "Celui qui
mange mon pain me foule aux pieds" [Jean 13,18], et regarde
le corps de la Terre comme le corps du Christ. La Terre en tant
que corps planétaire est le corps du Christ seulement à son
début, bien entendu. Le Christ devient tout d'abord l'esprit de
la Terre et il va s'unir complètement à la Terre. Et puis, quand
la Terre s'unira au Soleil, le Christ, esprit de la Terre, deviendra
l'esprit du Soleil» (GA 104, 30.6.1908).

 

- 17q -

-nî C
Mais que signifie le fait que le Christ, dans le sens de ces
paroles, devient toujours plus le nouvel esprit de la Terre et
que par conséquent celle-ci se transforme en son Corps cos-
mique jusque dans son Noyau ? Pour répondre à cette ques-
tion, la méditation de la Pierre de Fondation peut, là encore,
apporter une aide décisive. Comme cela a été décrit, la
Résurrection, c'est-à-dire la transformation du Fantôme en
Corps de Résurrection, s'est réalisée par l'union du Christ avec
les forces de la Trinité au centre de la Terre. Ensuite, au cours
de I'« Ascension terrestre», le Christ a pu établir grâce à ces
forces une nouvelle relation entre les neuf Hiérarchies et les
neuf couches de la Terre. Ainsi ont été posés les fondements
de la future transformation de la Terre en la reproduction pla-
nétaire du Corps de Résurrection du Christ, un processus qui
devra être achevé à la fin de l'éon terrestre. Cela signifie à pro-
prement parler que la Terre deviendra un jour le Corps, au
sens littéral, du Christ. Car le seul vrai corps du Christ, c'est
le Corps de Résurrection. C'est pourquoi la Terre elle-même,
pour devenir un jour le Corps planétaire du Christ, doit deve-
nir semblable à l'être du Corps de résurrection.
On peut concevoir cela de la manière suivante : à la fin de
la période terrestre, pour atteindre l'union avec le Soleil et le
passage à Jupiter, les trois fois trois couches de la Terre seront
transformées de la façon suivante : les trois couches inférieures
seront pénétrées par les forces de la première Hiérarchie ; les
trois couches intermédiaires par les forces de la deuxième
Hiérarchie et les trois couches supérieures par la troisième
Hiérarchie. (Voir page 171). Sur cette voie, dans le sens de
la Pierre de Fondation, les trois couches profondes se trans-
formeront en système-membres de la Terre devenue corps du.
Christ, et ainsi en la nouvelle source du bien. Le bien sus-
cité de cette façon devra agir de manière formatrice jusque
dans le karma de l'humanité et donc de toute la planète ter-
restre. Les trois couches intermédiaires deviendront le système

.1
rythmique du corps planétaire du Christ. Ce qui aujourd'hui
est à l'origine de tant de tremblements de terre dévastateurs et
d'éruptions volcaniques revêtira un caractère harmonieux et
rythmé, ne se soumettant plus qu'aux lois du monde stellaire.
Et les trois couches supérieures se métamorphoseront en une
sorte de système-tête qui transmettra à l'homme les inspira-
tions de la troisième Hiérarchie.
Aujourd'hui, toute vie dépérit sous la solide calotte osseuse
du crâne humain. Et il doit en être ainsi pour que l'être humain
puisse saisir la liberté grâce à la pensée cérébrale morte. Les
forces de mort de l'intellectualisme moderne se sont tellement
développées que même les sentiments qui en sont pénétrés
meurent. Néanmoins, de même que l'homme est en mesure
de vivifier intérieurement son penser sur le chemin ésotérique
pour atteindre le degré du penser vivant, de même il sera un
jour capable de transformer peu à peu les trois couches supé-
rieures de la Terre par son travail sur lui-même.165
Le monde des êtres élémentaires, qui embrasse toute la
nature sur la surface de la Terre, sera aussi de plus en plus
impliqué dans ce processus. C'est pourquoi, dans la parole
de la Pierre de Fondation, on trouve une triple évocation des
«esprits des éléments». Ceux-ci attendent impatiemment
cette transformation de la Terre, qui est une conséquence
du Mystère du Golgotha (paroles rose-croix). L'apôtre Paul
l'exprime dans ces mots connus: «Aussi la Création attend-
elle avec un ardent désir la révélation des fils de Dieu. Car la
Création a été soumise à la vanité, non de son gré, mais à cause
de celui qui l'a soumise, et elle espère être affranchie, elle aussi,
de la servitude de l'éphémère pour avoir part à la glorieuse
liberté des enfants de Dieu. Or nous savons que, jusqu'à ce
jour, la Création tout entière soupire et souffre les douleurs de
l'enfantement.» (Rom 8,19-22).
Mais ce but de la Terre ne sera atteint que grâce au fait
que les hommes s'élèveront à leur pleine dignité d'« enfants

de Dieu». Et cela n'arrivera que lorsque l'homme individuel
accueillera pleinement en tout son être les forces du Corps de
Résurrection et apprendra, en puisant à ces forces, à «penser
de façon vraie» dans sa tête, à «ressentir de façon vraie» dans
son coeur, et à «vivre de façon vraie» dans ses membres (c'est-
à-dire à apporter le bien dans le monde par ses actes libres).
Autrement dit, c'est seulement en établissant une relation
consciente avec le Corps de résurrection que l'être humain
s'avérera capable de porter à sa pleine réalisation la possibilité
offerte par le Christ par sa Résurrection. Quand il apprendra
à penser par la force du Corps de Résurrection, il provoquera
la transformation des trois couches supérieures de la Terre.
Quand il ressentira par le Corps de Résurrection, il sera en
état de transformer les trois couches intermédiaires. Et par ses
actes puisés au Corps de Résurrection, lorsque celui-ci emplira
l'homme entier d'une vie vraie, les trois couches les plus pro-
fondes jusqu'au Noyau de la Terre seront libérées et mises à
disposition des forces du Christ-Soleil.
Si l'on ajoute à cela la transformation de la nature, qui
dans l'avenir sera rendue possible grâce au travail commun
des hommes et des esprits élémentaires puisant aux forces du
Corps de Résurrection, on obtient dans les parties macrocos-
miques de la Pierre de Fondation la clé qui permet de com-
prendre l'«Ascension terrestre» du Christ: son union avec
les forces de la Trinité au centre de la Terre; puis la réparti-
tion des forces des neuf Hiérarchies dans ses neuf couches; et
enfin, sur sa surface, la transformation du monde des esprits
élémentaires qui souhaitent dès aujourd'hui communiquer à
l'homme le secret du nouvel esprit de la Terre: «Les hommes
puissent-ils l'entendre!» Deux processus ne peuvent pas être
séparés l'un de l'autre : le lien de l'homme aux trois systèmes
du Corps de Résurrection et la transformation de la Terre
en corps tripartite du Christ. Ce corps planétaire devient la
reproduction cosmique du Corps de Résurrection, ce qui est

- 182 -

ia SCLIIC vole pUUNCLIII CUIRIMIC d Id iCUiiiiiLaLiii
Terre et du Soleil et le seul point de départ possible pour l'avè-
nement du futur Jupiter.
Ce qui vient d'être dit est également en rapport avec la
transformation progressive de l'esprit de la Terre, une trans-
formation à laquelle les hommes doivent aussi travailler en
puisant à l'impulsion du Christ. Pour les y aider, la quatrième
partie de la Pierre de Fondation leur a été donnée, où il est
d'abord question de la transformation des coeurs humains et
ensuite de la transformation des têtes humaines à partir de la
force issue du « Christ-Soleil ». Cette double transformation
de l'être humain conduit à des changements dans le système
cérébral et cardiaque de l'esprit de la Terre, lequel s'unira tou-
jours plus au Christ, nouvel esprit de la Terre, pour devenir
son enveloppe. Rudolf Steiner dit à ce sujet : «L'esprit de la
planète est lui aussi soumis à des changements qui se trouvent
en rapport étroit avec le développement des hommes» (GA
97, 21.4.1906). La communion cosmique décrite au premier
chapitre avec sa double expression mantrique conduit égale-
ment à ce but. Ainsi les hommes prépareront de deux côtés
différents la réunification future de la Terre et du Soleil.
Si l'on se base sur les communications de Rudolf Steiner,
une nouvelle question peut se poser, qui n'est pas facile à
résoudre : quelle est la constitution du Noyau de la Terre,
avec lequel sont liés aussi bien l'esprit de la Terre que l'ori-
gine du mal? Pour répondre, ne serait-ce que succinctement,
il faut préalablement rassembler certaines données concernant
l'esprit de la Terre. C'est dans le cycle Les entités spirituelles
dans les corps célestes et dans les règnes de la nature (GA 136) que
Rudolf Steiner en parle de la façon la plus exhaustive. Il y décrit
comment chacun des trois groupes de Hiérarchies divines
laisse pour ainsi dire derrière lui, dans le domaine de la Terre,
une sorte de descendance. De la troisième Hiérarchie (Anges,
Archanges, Archées) proviennent les esprits de la nature; de la

seconde Hiérarchie (Exousiaï, Dynamis, Kyriotetes) les âmes-
groupes des plantes et des animaux ; de la première Hiérarchie
(Trônes, Chérubins, Séraphins) les esprits des cycles du temps.
Dans ce même contexte, Rudolf Steiner parle également
de l'esprit de la Terre ainsi que des esprits des autres planètes,
qui néanmoins se trouvent à un degré encore plus élevé que les
esprits des cycles du temps. Si l'on compare l'ensemble de ces
êtres à la constitution de l'être humain, on obtient la corres-
pondance suivante :

Corps physique — monde sensible
Corps éthérique — monde des esprits de la nature
Corps astral — esprits des cycles du temps
Je — esprit de la planète
(Voir ibid., 4.4.1912)

Dans le royaume de la nature observable, les esprits de la
nature oeuvrent en tant que forces naturelles ; les esprits des
cycles du temps s'y manifestent en tant que lois naturelles et
l'esprit de la planète donne son sens à toute la nature.
De cette description découle la question suivante : à quelle
descendance appartient l'esprit de la Terre, si les esprits des
cycles du temps sont issus de la première Hiérarchie, qui est la
plus haute dans le cosmos hiérarchique ? Dans le cycle évoqué,
on peut trouver au moins une allusion à cette origine. Après
avoir décrit l'action des neuf Hiérarchies, Rudolf Steiner évoque
par ailleurs une tout autre sorte d'entités hiérarchiques qui pos-
sèdent une bien plus grande puissance créatrice, plus grande
même que les esprits de la première Hiérarchie. Ce sont des
entités qui sont formées de plusieurs entités et qui dépassent
par-là les ordres hiérarchiques particuliers pris isolément.
Dans la conférence du 7 avril 1912, on trouve un exemple
de telles entités. Chez celles-ci, les Esprits de la Forme corres-
pondent au corps physique, les Esprits du Mouvement au corps


- 184 -

éthérique, les Esprits de la Sagesse au corps astral. Puis elles ont,
comme une sorte d'âme de sensation les Trônes, comme âme
d'entendement les Chérubins, et comme âme de conscience les
Séraphins. «Et de même que nous, êtres humains, nous levons
notre regard vers les hauteurs et contemplons ce que nous
acquerrons peu à peu aux époques futures de la Terre, de même
ces entités lèvent leur regard et contemplent ce qui dépasse l'es-
sence des Hiérarchies. De même que nous parlons de notre soi-
esprit, de notre esprit de vie, de notre homme-esprit, de même
ces entités élèvent leur regard vers une spiritualité primordiale
à partir de leur membre séraphique, comme nous le faisons à
partir de notre âme de conscience» (GA 136).
Il ressort de l'ensemble du cycle que le seul genre d'entités
à la descendance desquelles appartiennent l'esprit de la Terre
et de semblables esprits d'autres planètes est précisément celui
de ces entités composées. Cette hypothèse est renforcée par
le fait que Rudolf Steiner décrit ensuite comment, derrière
chaque planète de notre système solaire, se trouve une suite
ascendante de Hiérarchies qui commence avec les Esprits de la
Forme et s'élève jusqu'aux Séraphins. Toutes ces entités consti-
tuées de six membres ont leur domicile sur le Soleil et dirigent
de là les planètes correspondantes. (Voir ibid., 10.4.1912.)
Et c'est d'une de ces entités composées ayant leur domicile
sur le Soleil que provient l'esprit de la Terre, qui donne son
sens spirituel à toute la nature autour de nous. Rudolf Steiner
décrit sa tâche de la manière suivante : «De même que le Je
de l'homme perçoit l'environnement physique de la Terre, de
même l'esprit de la planète perçoit tout ce qui est dans l'entou-
rage, dans l'espace universel extérieur à la planète et oriente les
actes de la planète ainsi que le sentiment de la planète d'après
ces perceptions de l'espace universel» (ibid., 4.4.1912). C'est
ainsi que le corps terrestre est vivifié et conduit par l'esprit
de la Terre, lequel a son origine dans l'une de ces entités
particulières qui habitent le Soleil.

- 185 -

Après ces remarques préparatoires, on peut revenir à la
question qui nous motive concernant le rapport entre le Christ
et l'esprit de la Terre. Pour cela, il faut prendre comme point
de départ l'analogie avec l'homme telle que Rudolf Steiner l'a
souvent utilisée. L'homme comporte trois systèmes : le sys-
tème-tète, le système-coeur-poumons et le système-membres.
Pour ce qui est de l'esprit de la Terre, seuls les deux premiers sys-
tèmes sont évoqués. Qu'en est-il du troisième ? Rudolf Steiner
décrit comment chaque homme porte dans son corps quelque
chose qu'il appelle un «foyer de destruction en l'homme ».
Celui-ci est nécessaire pour anéantir constamment la matière
dans le corps humain. Placé derrière le miroir du souvenir, ce
foyer est nécessaire depuis toujours à la formation et au renfor-
cement du Je de l'homme. «Ce Je, comment naît-il ? Ce Je se
forme du fait que l'être humain peut plonger dans un chaos de
destruction. Ce Je doit être trempé et renforcé dans ce monde
qui, à l'intérieur de l'homme, est celui d'un foyer de destruc-
' tion » (GA 207, 23.9.1921). Or ce foyer de destruction, en
soi si nécessaire au développement de l'homme, peut deve-
nir à tout instant une puissante source de mal si ses forces se
fraient un chemin vers l'extérieur et s'y répandent : «Si ce qui
) est en l'homme se répandait dans le monde entier, qu'est-ce
qui vivrait dans le monde par l'homme ? Le mal! Le mal n'est
rien d'autre que le chaos nécessaire, présent à l'intérieur de
l'homme, mais qui est projeté à l'extérieur».
Certes, Rudolf Steiner indique dans la même conférence
que le foyer de destruction est «répandu sur tout l'organisme
humain », mais à un autre endroit il rapporte qu'il se concentre
surtout dans le système des membres.'" On comprend alors
pourquoi, dans les paroles citées plus haut, il ne parle que de
la tête et du coeur de l'esprit de la Terre et non de son système
des membres. Car, en celui-ci, le foyer de destruction agit dans
l'organisme de la Terre en tant que couches terrestres avec leur
centre, telles qu'elles ont été décrites plus haut dans ce chapitre.


- 186 -

Et de même qu'en l'homme le Je, lorsqu'il ne succombe pas au
mal, ne reçoit du foyer de destruction qu'un renforcement, il
en est de même pour l'esprit de la Terre. Comme il n'est pas
influencé par le mal issu des couches intérieures terrestres et ne
l'autorise pas à quitter les limites du corps terrestre, il en reçoit
également un renforcement de son Je, dont il a besoin pour ses
tâches dans le cosmos.'67
Il en va tout autrement pour ceux parmi les hommes qui
ne maintiennent pas en eux les forces du foyer de destruction
dans des limites convenables et acquièrent par-là une tendance
irrésistible au mal. «L'homme méchant, mauvais, le porte à
l'extérieur, tandis que l'homme bon le garde à l'intérieur de
lui» (GA 207, 24.9.1921). E« homme méchant» devient alors
réceptif aux influences qui émanent de l'intérieur de la Terre et
de ses différentes couches, par quoi le mal en lui peut croître
énormément.
La relation qui existe entre l'intérieur de l'être humain et
l'intérieur de la Terre ressort de tout cela. La compréhension
de cette relation pourra être approfondie si l'on considère
ce qui suit. En caractérisant le foyer de destruction, Rudolf
Steiner indique que celui-ci se situe derrière le miroir du sou-
venir, qui protège l'âme de l'homme de ses influences. «Donc
le monde qui se présente comme ce foyer de destruction se
trouve au-delà de ce miroir du souvenir, à l'intérieur [de l'être
humain] » (ibid., 23.9.1921). Or c'est quelque chose de sem-
blable que l'on trouve à l'intérieur de la Terre. La septième
couche y est appelée «Miroir terrestre» (GA 97, 21.4.1906).
Ce miroir protège d'une certaine manière les couches supé-
rieures des influences maléfiques de magie noire qui provien-
nent du Noyau de la Terre. Si ce miroir magique agit comme
une épaisseur étanche, cela vient du fait que les puits ou
canaux verticaux qui relient les domaines intérieurs de la Terre
à la surface descendent seulement jusqu'à la cinquième couche
(Terre-fruit). C'est de ce domaine que montent, comme nous


- 187 -

l'avons vu, les forces tectoniques propulsées par la sixième
couche (Terre-feu), qui provoquent alors des tremblements
de terre et des éruptions volcaniques. La septième couche est
donc la première à ne pas pouvoir agir directement sur la sur-
face de la Terre. Elle constitue une enveloppe extérieure pour
les deux couches les plus profondes, qui appartiennent déjà au
Noyau de la Terre. C'est pourquoi Rudolf Steiner souligne que
la transformation de la septième couche est d'une importance
particulière. Et «quand notre genre humain en sera au point
d'avoir engendré la plus haute moralité, tout ce qu'il y aura
d'immoralité dans ce Miroir terrestre sera surmonté et trans-
formé en moralité» (GA 96, 16.4.1906). Voilà comment, dès
aujourd'hui, s'ouvre pour les êtres humains un chemin vers la
transformation définitive du Noyau de la Terre.
Mais ce degré n'est atteint que lorsque, dans le développe-
ment de la Terre, sont suffisamment surmontées non seulement
les puissances ahrimaniennes mais aussi les puissances asou-
riennes. Car les forces d'Ahriman ne parviennent que jusqu'à
la sixième couche : «C'est là qu'est le centre de son action» (GA
107, 1.1.1909). En dessous commencent les domaines auxquels
les asouras surtout puisent leurs forces maléfiques.'" Le mal cou-
rant y devient magie noire, une magie noire qui «consiste avant
tout en le mésusage du corps physique.» (ibid.) «Dans certaines
écoles de magie noire — ajoute Steiner — on enseigne abondam-
ment ce genre d'opérations. Lorsque le point de départ de la dis-
cipline occulte est pris aux forces corporelles physiques, on est
confronté aux plus terribles tentations de l'être humain ». Car
par-là l'homme ne s'adonne pas seulement aux puissances ahri-
maniennes, mais aussi et surtout aux puissances asouriennes, qui
se trouvent en relation directe avec le centre de la Terre. C'est
pourquoi «dans l'avenir [...], seuls pourront être immoraux
les hommes qui seront aidés dans l'immoralité par de mauvais
démons, par des puissances ahrimaniennes, asouriennes, et qui
rechercheront cette possession» (GA 130, 1.10.1911).


- 188 -

Aussi, de même que, à l'intérieur de la Terre, derrière le
Miroir terrestre, il y a encore le Déchiqueteur et le Noyau
lui-même en tant que centre du mal terrestre, de même, en
l'homme, derrière le miroir du souvenir, il y a le foyer de des-
truction et plus bas encore le penchant potentiel à toutes les
formes du mal, que tout homme aujourd'hui porte en lui en
tant que reproduction microcosmique du Noyau terrestre.
«Celui qui passe le seuil conduisant au monde spirituel fait
l'expérience suivante : il n'est aucun crime dans le monde
auquel l'homme n'ait pas une propension dans son incons-
cient, dans la mesure où il appartient à la cinquième époque
post-atlantéenne. Une tendance. Quant à savoir si, dans l'un
ou l'autre cas, cette propension au mal conduira extérieure-
ment à une mauvaise action, cela ne dépendra pas du tout
de la propension elle-même mais de facteurs tout autres»
(GA 185, 26.10.1918). C'est pourquoi ce sont surtout les
puissances ahrimaniennes et asouriennes qui tentent de pos-
séder des hommes et de les conduire à concrétiser les pen-
chants intérieurs évoqués. Car ce n'est pas dans les tendances
elles-mêmes, mais dans les impulsions à les porter au-dehors
qu'agissent dans l'âme humaine les forces de l'intérieur de la
Terre.169
Néanmoins, il est nécessaire de créer une relation envers l'in-
térieur de la Terre jusqu'à son centre, puisque dès aujourd'hui
l'homme doit commencer à travailler consciemment à sa
transformation. Mais ce travail ne peut s'accomplir que sur la
base d'un nouveau lien à l'impulsion christique qui, en nous
fortifiant, nous rend capable d'envoyer les forces morales dans
toutes les couches de la Terre. Car l'homme les porte toutes,
reproduites en lui, y compris le Noyau de la Terre. Et s'il n'en
était pas ainsi, il ne pourrait jamais transformer la Terre. C'est
seulement par la purification totale de son âme qu'il sera en
état de faire s'écouler les forces du bien suprême dans son
foyer intérieur de destruction, pour ensuite libérer et sauver

- 189 -

la Terre jusqu'à son centre, à partir de l'impulsion christique
présente dans son Je. '7°
Cette situation impose à l'homme terrestre une tâche déci-
sive en rapport avec le «foyer de destruction» et donc avec
l'intérieur de la Terre: «Dans ce foyer de destruction [...], la
matière est vraiment anéantie. Elle est rejetée dans son néant.
Et à l'intérieur du néant qui apparaît ainsi, nous pouvons faire
naître le bien si, par notre attitude morale intérieure, nous
déversons dans le foyer de destruction nos idéaux moraux,
éthiques, au lieu de nos instincts et de nos penchants. Alors
naît quelque chose de nouveau. Alors naissent justement dam,
ce foyer de destruction les germes de mondes futurs» (GA
207, 24.9.1921).171 Autrement dit, lorsque l'homme travaille
en lui-même à la transformation du foyer de destruction et
conduit ses influences constamment vers le bien, il agit en
même temps sur l'intérieur de la Terre et sa transformation.
Et l'élément «nouveau» qui en résulte à l'intérieur de la Terre,
Rudolf Steiner l'appelle dans la même conférence le futur
Jupiter. «Dans cette existence de Jupiter il n'y aura que ce qui
se forme dès aujourd'hui à l'intérieur de ce foyer de destruc-
tion en tant que nouvelle création en l'homme à partir des
idéaux moraux... » Et puis il ajoute comme un avertissement :
«... Néanmoins [il y aura là également ce qui] provient des
impulsions immorales, de ce qui justement agit comme mal
à partir de l'égoïté ». Car aujourd'hui l'homme est vraiment
placé, en lui-même et dans le monde, entre le bien et le mal.»
«De la décision correspondante, prise par l'homme, dépend
aussi bien le destin de l'homme que le destin de la planète. Car,
par son travail sur lui-même, il transforme également la Terre
entière de l'intérieur vers l'extérieur à travers ses neuf couches.
De cette manière, l'homme fait pénétrer sa force morale dans
toutes les lois naturelle. «En notre for intérieur, la matière est
anéantie, et avec elle t lutes les lois naturelles. La vie matérielle
avec toutes ses lois na urelles est rejetée dans le chaos, et du


- 190 -

chaos une nouvelle nature parvient à s'élever, imprégnée des
impulsions morales que, dans notre intériorité, nous y intro-
duisons ». L'intérieur de la Terre est métamorphosé et la Terre
elle-même préparée pour Jupiter.»
«Mais cette transformation de la Terre à partir du travail
intérieur de l'homme sur lui-même n'est possible que s'il
accueille en lui l'impulsion du Christ, librement et consciem-
ment. «Les germes de l'avenir du monde se trouvent à l'inté-
rieur de l'homme. Et si les hommes accueillent le Christ dans
ces germes, le Ciel et la Terre pourront certes disparaître, mais
ic Loi; .s, le Christ, ne pourra pas disparaître ».
Afin que l'homme d'aujourd'hui puisse accueillir consciem-
ment l'impulsion christique en lui, la «connaissance
[moderne] du Graal lui a été donnée dans l'Anthroposophie »
(GA 13), c'est-à-dire «la connaissance de la nouvelle initiation
avec le secret du Christ en son centre ». Ainsi l'homme pourra
aussi atteindre progressivement le but du développement de
la Terre, que Rudolf Steiner décrit ainsi : «On voit que de la
connaissance du Graal découle l'idéal suprême d'un dévelop-
pement humain, concevable pour l'homme : la spiritualisation
que l'homme acquiert par son propre travail ». Et dans l'avenir,
cette spiritualisation de l'homme, grâce à son lien au Christ,
entraînera la spiritualisation de toute la Terre.
Ce que le Christ, de ce point de vue, a accompli pour tous
les hommes, il l'a également accompli pour l'esprit de la Terre
par sa «descente aux Enfers » et l'union à la Terre qui a suivi.
Il a réuni d'une manière absolument nouvelle cet esprit de la
Terre à son entité originelle divine sur le Soleil, lui ouvrant
ainsi une possibilité de développement toute nouvelle, dont il
a besoin pour la réunification à venir de la Terre et du Soleil.
Jusqu'au Tournant des Âges, l'esprit de la Terre n'était por-
teur que du sens de la nature. Puis il a reçu le nouveau sens
solaire de la Terre. Rudolf Steiner l'exprime ainsi : «Avant le
Mystère du Golgotha, le sens de la Terre était sur le Soleil.

- 191 -

Depuis le Mystère du Golgotha, le sens de la Terre est uni à la
Terre elle-même. LAnthroposophie voudrait transmettre cela
à l'humanité comme un continuel secret de Pentecôte» (GA
226, 17.5.1923).
Ce qui, par la Pentecôte, a été disposé pour les hommes,
s'est accompli pour l'esprit de la Terre comme réalité cosmique
grâce à la descente du Christ dans les profondeurs de la Terre.
Par-là, la Terre a pris l'impulsion du Soleil en soi, pour, à la fin
de l'éon terrestre, sous la direction du Christ, s'unir à nouveau
au Soleil.
On peut exprimer ce processus cosmique par l'image sui-
vante qui correspond entièrement à la réalité. De même que
l'homme, au cours de son développement, par l'initiation du
Graal, devient lui-même porteur du Christ, tout comme la
coupe lunaire, dans les Mystères du Graal, cache en elle les
forces du Soleil spirituel, de même l'esprit de la Terre atteindra
son nouveau but avec l'aide des hommes qui parcourent ce
chemin intérieur. Lui aussi accueillera en soi le Soleil spirituel
dans cette coupe lunaire cosmique, après que la Lune se sera
unie à la Terre et, par-là, réalisera son union au Soleil, afin que
la Terre elle-même devienne un Graal cosmique dans l'univers.

 

 

 

 

 

 


- 192 -