La présence Rose-Croix en Bohême

La présence Rose-Croix en Bohême(1)

 

Prague, capitale de la Bohême, est une ville importante où se sont passées des choses spirituellement parlant très importantes.

Elle forme le seuil du passage de l’Occident à l’Orient et inversement, et justement le terme Praha signifierait aussi « seuil ».

Si l’on considère le fait que le problème de la relation entre Orient etOccident doit acquérir de plus en plus d’importance, on comprend pourquoi Rudolf Steiner,malgré l’éloignement, visitât si souvent et volontiers la ville de Prague.

Grâce aux habitants de laBohême, l’Orient devra recevoir la lumière de l’anthroposophie ou Science Spirituelle, déclara-t-il à plusieurs reprises.

Desorte qu’aux amis de Bohême a incombé et incombe encore une grande tâche, tâche à la réussite de laquelle les Allemands ont apporté et doivent encore apporter une aide essentielle (2).

De grandes tâches comme celle de la création d’une « Communauté en Esprit », requièrent en effet aussi une grandecollaboration.

Pour une autre raison encore, Prague peut s’avérer significative pour l’activité de la science spirituelle.

Dans son voisinage se trouve le château de Karlstein, dont la construction fut

initiée par Charles IV (3) en l’an 1348. Ce château est implanté dans une belle région à environ une heure de Prague, et il est entouré de quatre montagnes et pentes rocheuses abruptes.

Pour qui visite ce château et s’immerge dans les vestiges du passé qu’il renferme, se déroule en imaginations (formation d’images) une histoire sur l’importance de laquelle les anthroposophes et les véritables Rose-Croix devraient connaître quelque chose.

 

Qu’un semblable château, lequel est en même temps aussi un « lieu de culte », fût érigé, justement là, en plein cœur de la Bohême, cela nous amène à réfléchir sur les causes qui y ont contribué.

On découvre alors, en explorant ce passé, qu’en Bohême et dans les montagnes qui

l’entourent, il y a une grande richesse de minéraux et de cristaux siliceux. À l’Ouest, dans la Bohême Selve, la configuration du lieu est donnée par la surabondance de silice, spécialement sous la forme de quartz pur et des divers types de pierres dures, à la formation desquelles ont pris part certains métaux. Dans les monts Métallifères de la région nord-occidentale, près de Joachimsthal (Jachimov), se trouvent au contraire de l’argent, de l’or et des substances radioactives, par exemple la pechblende ; vers le Nord, aux frontières de la Silésie, du plomb, de l’étain et du fer, et enfin, dans la Moravie, surtout du fer.

Les forces de tous ces minéraux, et en particulier des métaux, ont exercé une action sur la Bohême dans les époques antiques, quand les influences cosmiques pouvaient encore agir.

Ainsi Charles IV, lequel fut l’un des derniers empereurs germaniques à avoir des connaissances ésotériques, put ressentir l’impulsion à construire, justement là dans cette région, dans laquelle de telles forces coopéraient dans une singulière harmonie, un édifice qui devait servir non seulement d’habitation, mais aussi de « lieu de culte » et de garde de précieuses reliques sacrées, ainsi que de documents politiques et les joyaux du trésor impérial.

Ce qui frappe en visitant ce château, c’est son aspect extérieur. La décoration des parois et des murs des diverses chapelles, construits en pierres dures et en or, la manière dont la lumière est diffusée au travers de pierres dures encadrées de plomb doré, remplaçant le verre, font supposer que Charles IV connaissait les secrets des forces actives dans les pierres précieuses et l’or.

Un vrai joyau d’art est la petite chapelle de « Sainte Catherine », dont les murs, jusqu’à la voûte, sont revêtus de pierres dures comme l’améthyste, le jaspe, la cornaline, l’agate, et d’autres encore, tandis que la voûte à croisées d’ogives a un fond bleu azur, ponctué de rosettes d’or et parsemé de motifs des Rose-Croix. Ici, Charles IV se retirait habituellement, selon ce que l’on rapporte sur lui, chaque année du Vendredi Saint jusqu’à Pâques, pour se consacrer à ses « méditations » dans la solitude et le recueillement.

Ce serait trop long de décrire ici toutes les merveilles que l’on peut admirer à foison dans le « château de Karlstein » et on ne fera donc allusion qu’à ce qui est spécialement important pour nous.(les chercheurs)...

Nous parvenons ainsi au donjon, lequel est distinct du palais proprement dit, auquel il est relié par un pont, donjon qui se dresse comme un roc solide sur une hauteur voisine dominant ainsi l’ensemble.

À son sommet, se trouve la « Chapelle de la Sainte Croix ». Le couloir de l’escalier qui y mène en escaladant le donjon, est décoré de peintures qui illustrent à droite, la vie de Sainte Ludmilla et, à gauche, celle de Saint Venceslas, mort en martyre en 936 et depuis lors, patron de Prague (4).

De ces peintures, Rudolf Steiner déclara qu’elles représentaient une forme primitive des Noces chymiques de Christian Rose-Croix.

 

En vérité, en observant les images singulières, on peutreconnaître très bien les diverses phases des noces chymiques, par exemple, dans celle de la libération des prisonniers enchaînés ou enfermés dans la tour, ou bien celle de la scène où Venceslas ensemence, récolte et bat le grain, de nuit, qu’il préparera ensuite pour en faire les hosties.

Ici, estdécrit un processus alchymique qui s’accomplit de nuit et auquel prennent part la terre, l’eau, l’air et le feu. Il y a donc la représentation d’inhumation des morts. On reconnaît encore dans la représentation de Saint Venceslas qui dispense la nourriture aux invités, l’invitation au banquet des noces et dans l’ultime banquet dans la vie du Saint, celui lors duquel dans les Noces, se révèlent leschercheurs en esprit dignes et indignes.

Enfin, dans le meurtre de Saint Venceslas, par décapitation, perforation avec des lances et l’écartèlement de son corps, tout cela rappelle des expériences initiatiques.

Après cette ascension à l’intérieur du donjon, on parvient, comme on l’a dit, à une chapelle appelée à Karlstein, chapelle de la Sainte Croix, et dont nous savons d’après les paroles de Rudolf Steiner, qu’elle serait une sorte de chapelle du Graal.

 

Grandiose est cette ascension au long du chemin initiatique jusqu’au Graal.

 

La chapelle nous apparaît dans une splendeur indescriptible. Les vitraux sont de purs topazes, améthystes et almandins enchâssés ; le plafond est entièrement doré et il représente la voûte céleste avec le Soleil, la Lune et de nombreuses étoiles, montrant çà et là les petites roses déjà décrites.

 

Les murs sontrevêtus, du sol jusqu’à une hauteur de plus d’un mètre, de pierres dures et polies — améthyste,cornalines, agates, jaspes — au-dessus desquelles se trouvent, telles des ornementationssupplémentaires, de nombreuses peintures. L’ensemble produit une impression écrasante.

 

De toutes ces prémisses, on peut déduire avec certitude que la personnalité de Saint Venceslas doit avoir eu à faire avec Christian Rose-Croix.

 

Si l’on compare encore des détails singuliers de la légende de Venceslas avec le vrai esprit des Rose-Croix, on découvre des analogies partout.

Chez Saint Venceslas, le patron de Prague, mort en 936, le 28 septembre, donc la veille de la Saint Michaël, vient à notre rencontre la figure lumineuse du vrai Rose-Croix. Son être se trouve aussi dans un rapport étroit avec l’Archange Michaël.

Si nous considérons l’église Saint Georges (autre allusion au Saint Michaël, anglais cette fois, et souvent représenté à cheval, ndt) elle remonte elle aussi à cette époque, on s’aperçoit que cette ville, en tant que centre d’un courant spirituel, est

« pour nous » ( ????), et avec raison, un lieu d’un très grand intérêt.

 

 

 

Ita Wegman le 15 novembre 1925

 

 

 

Notes:

 

(1) Les considérations présentes forment la seconde partie du compte-rendu d’un congrès qui s’était tenu à

Prague du 25 au 28 octobre 1925, pour la fondation de la Société anthroposophique de cette région

(Böhmische Landesgesellschaft).

(2) Avant la seconde Guerre mondiale, la Bohême, comme d’autres régions slaves, se servait de la forte

présence de noyaux de populations germanophones, qui depuis des siècles fournissaient des apports

culturels remarquables. La collaboration tchéco-allemande était donc naturelle entre ces derniers résidents

de la même Bohême ou ceux d’origine allemande.

(3) Charles IV de la maison de Luxembourg (1316-1378), fils de Jean de Bohême, couronné empereur à

Rome en 1355. Surtout connu par l’émanation de la Bulla aurea qui prévoyait l’élection du Roi de Germanie

de la part de quatre électeurs laïcs et trois ecclésiastiques. Admirateur de Pétrarque, il promut la diffusion de l’humanisme en Bohême et en Germanie, en développant en outre l’Université de Prague.

Rudolf Steiner parla de lui comme du dernier empereur européen « initié ». Le Château de Karlstein (le rocher de charles, en français ndt) se trouve à 22 km au Sud-Ouest de Prague.

(4) Ludmilla, dont le nom en slave signifie « aimée du peuple », fut la femme du duc Boriwoj et grand-mère

de Venceslas. C’est à elle, s’étant convertie, ainsi que son mari, sous l’oeuvre de Méthode, que l’on doit les

premières impulsions de christianisation de la Bohême. Elle mourut martyre en 951 (le 15 septembre, selon la tradition) sous la main de tueurs à gages, envoyés par des parents qui s’opposaient à son activité d’évangélisation. Venceslas (Wenzel), « couronné de gloire », naquit en 907 et assuma la direction du duché en 925, tout en vivant en ascète. Il annexa la Bohême à l’Empire germanique, et ceci servit de prétexte à ses ennemis pour l’assassiner le 28 septembre 936 (selon d’autres en 929).