Faire un "Chemin Spirituel"

le retour vers la Maison du Père......

 

à l'époque de l'âme de conscience,

époque ou l'individualité grandit de plus en plus,

individualité à mettre au service de la communauté sinon le risque d'égoisme grandit en même temps,

époque ou également l'autonomie devient de plus en plus grande,

l'Homme n'a plus besoin d'une église pour le diriger; toute église ou temple est "luciférien"...

l'Homme a la mission de rencontrer le Christ en lui; dans son "temple intérieur"...

l'Homme ne peut plus attendre d'aide de l'extérieur; c'est en lui-même qu'il doit rencontrer le Christ...

 

 

COMMUNAUTE AU-DESSUS DE NOUS, 

 

                                                                                  CHRIST EN NOUS.

 

Conférence de Rudolf Steïner faite à Düsseldorf le 15 Juin 1915

 

Mes Chers Amis,

 

L'homme du temps présent qui ne veut pas acquérir la connaissance précise de certaines vérités profondes concernant le progrès spirituel de l'humanité pourrait demander : Ne pourriez-vous donc pas, sans pour autant vous réunir en groupes constitués, vous consacrer à la Science spirituelle en faisant appel à des conférenciers, et en réunissant en toute liberté des personnes qui ne se connaissent pas particulièrement, en vue de faire accéder leur âme à ce bien spirituel dont vous parlez ?

 

Naturellement, nous pourrions procéder ainsi. Mais aussi longtemps que d'une manière quelconque il nous est possible - au sens large et au sens étroit du mot - d'établir des liens entre gens qui se connaissent, qui se réunissent en toute amitié et fraternité dans ces groupes de travail, aussi longtemps que cela nous est possible, nous le ferons avec la pleine conscience de l'attitude intérieure qui est la nôtre, celle qu'engendrent nos liens avec la Science spirituelle. Car ce n'est pas sans raison que se rencontrent chez nous, pour cultiver le cœur même de notre bien spirituel, des personnes qui, avec sérieux, se promettent de travailler ensemble dans un esprit d'union et d'amour fraternel.

 

Ceci a une grande importance pour l'attitude que nous adoptons les uns envers les autres, pour nos rapports réciproques ; nous pouvons parler tout autrement si nous savons que nous nous adressons à des âmes proches de la nôtre, unies à nous en pleine conscience. Mais il y a autre chose encore : en nous réunissant ainsi pour former ces divers groupes, nous accomplissons effectivement une chose en rapport intime avec la conception de notre mouvement spirituel, celle qui doit être la nôtre si nous comprenons notre mouvement dans sa nature la plus profonde. Et en effet: notre mouvement spirituel doit nous pénétrer tous de la conscience qu'il n'a pas seulement de l'importance pour l'existence que les sens peuvent saisir, pour l'existence que peut saisir l'intelligence humaine dirigée vers le monde extérieur ; notre mouvement spirituel doit voir clairement que par son intermédiaire nos âmes cherchent à établir un lien authentique et vrai avec les mondes spirituels. Nous devons en pleine conscience nous répéter jour après jour ceci en pratiquant la Science spirituelle, nous élevons en un certain sens nos âmes vers ces mondes qu'habitent non seulement des êtres terrestres, mais les êtres des hiérarchies supérieures qui y résident, les êtres des mondes invisibles ; il faut nous redire que dans une certaine mesure, nous sommes dans ces mondes, et que notre travail a une importance pour eux. C'est de cela que dans notre travail nous devons prendre pleinement conscience. Or, effectivement le travail spirituel que nous accomplissons ensemble, en personnes qui se connaissent, a pour le monde spirituel une toute autre signification que s'il se déroulait non pas à l'intérieur de ces groupes, mais à l'extérieur, éparpillé de par le monde. Ce travail accompli à l'intérieur de nos groupes, en union fraternelle, a donc pour les mondes spirituels une toute autre signification que s'il était accompli dans d'autres conditions. Pour comprendre ceci pleinement, il nous faut évoquer des choses importantes qui, lors de notre travail anthroposophique des dernières années, sont apparues de diverses façons devant nos âmes.

 

A l'époque post-atlantéenne, l'évolution de notre terre a d'abord été portée par la communauté de civilisation que nous appelons l'Inde ancienne. Cette période fut suivie par ce que nous nommons (d'un terme plus ou moins adéquat, mais ce n'est pas ce qui importe pour l'instant), la civilisation de la Perse antique. Puis ce fut la période égypto-chaldéo-babylonienne, la période gréco-latine, puis notre cinquième période post-atlantéenne. D'une part, chacune de ces civilisations a pour mission de cultiver particulièrement, dans le domaine de la vie spirituelle, ce qui lui est dévolu pour le monde extérieur, le monde visible. Mais d'autre part, elle doit préparer, elle doit dans une certaine mesure porter dans son sein et préparer ce qui doit venir dans la période qui lui succèdera. La 1ère période postatlantéenne, celle de l'Inde ancienne, devait préparer celle de la Perse antique, celle-ci à son tour la période égyptochaldéenne, et ainsi de suite. Et notre 5ème période doit préparer la sixième.

 

Comme nous l'avons dit souvent, notre mission anthroposophique n'est pas seulement d'acquérir, par ce que nous nous assimilons, un bien spirituel pour nos âmes, à titre personnel, ce bien qui nous est donné pour la vie éternelle de notre âme ; c'est là une bonne chose, bien sûr, mais ce n'est pas tout. Notre mission est aussi de préparer la substance future de la 6ème période, ce qui sera tâche particulière dans la vie extérieure. Ainsi en a-t-il été dans chacune des périodes de la civilisation post-atlantéenne. Or, les lieux où se préparait ainsi ce qui, dans la période suivante, constituait la vie extérieure dans ce qu'elle a de significatif et d'important, c'étaient les centres de Mystères, les réunions d'êtres humains dans lesquelles on cultivait autre chose que ce que le monde extérieur cultive.

 

Vous savez également que pendant la 1ère période postatlantéenne, celle de l'Inde ancienne, ce qui importait surtout, c'est que soit développé le corps éthérique, pendant la Perse ancienne le corps astral, pendant la période égypto-chaldéenne l'âme de sensibilité (âme sentante), pendant la période gréco-latine l'âme d'entendement (âme pensante). Notre civilisation cultive et, d'ici qu'elle s'achève, conduira à son développement complet ce qu'on appelle l'âme de conscience. Mais il faut préparer ce qui, dans la 6ème période, fournira en quelque sorte le contenu, le caractère de la civilisation extérieure. Or, cette 6ème période portera plus d'un caractère qui sera fort différent de ceux de notre temps. Avant toute autre chose, nous pouvons en souligner trois dont il faut savoir que nous devons dès maintenant les porter dans notre cœur, qu'ils doivent être les idéaux de la 6ème période post-atlantéenne ceux que nous avons à préparer en vue de cette 6ème période.

 

Quelque chose n'est pas encore présent aujourd'hui dans la communauté humaine, qui le sera dans la 6ème période, chez les êtres, qui auront atteint le but de cette 6ème période, ceux qui ne se seront pas arrêtés en chemin, et qui par conséquent ne compteront pas parmi les sauvages ou les barbares.

 

L'un des caractères principaux de ces habitants de la terre - de ceux qui seront alors au sommet de la civilisation - sera un trait en quelque sorte moral. Il est encore bien rare dans l'humanité d'aujourd'hui. Il faut à l'homme d'aujourd'hui une certaine sensibilité native pour qu'il souffre dans son âme au spectacle d'êtres humains plus malheureux que lui. Certes, aujourd'hui déjà, les natures sensibles éprouvent une douleur devant la souffrance dévolue en ce monde à beaucoup d'êtres humains, mais il faut justement qu'elles aient cette sensibilité affinée. Dans la 6ème période de civilisation non seulement les hommes qui se trouveront au sommet de la culture éprouveront ce sentiment de douleur devant la détresse, la souffrance, la pauvreté répandues dans le monde, mais l'homme éprouvera toute souffrance d'autrui comme la sienne propre. Devant un affamé, il éprouvera la faim jusque dans les profondeurs de son corps physique, et avec une telle intensité que cette faim de l'autre lui sera intolérable. Pendant la 6ème période, les choses ne seront plus ce qu'elles sont encore dans la 5ème le bien-être de chaque individu dépendra pleinement du bienêtre de toute la communauté; c'est là un trait de caractère moral. Maintenant, le bien-être de chacun de nos membres dépend de la santé du corps entier ; lorsque l'homme tout entier n'est plus en bonne santé, aucun de ses membres n'est plus disposé à s'activer. De même, pendant la 6ème période, un sentiment commun se saisira de l'humanité civilisée, et l'individu ressentira beaucoup plus intensément, en tant que membre de l'ensemble, la souffrance, la détresse, la pauvreté ou la richesse d'autrui.

Tel est le premier trait de nature, au premier chef moral, qui caractérisera l'humanité civilisée de la 6ème période.

 

Un second trait foncier sera le suivant tout ce que nous appelons aujourd'hui les croyances sera dépendant dans une mesure bien plus large qu'aujourd'hui, de l'individualité. La Science spirituelle exprime cela en disant que, dans le domaine religieux - et quelle que soit la religion une totale liberté de pensée, une ardente aspiration à cette liberté de pensée s'emparera des humains, si bien que tout ce qu'un homme voudra croire, tout ce dont il voudra être convaincu, notamment en matière de religion, tout cela relèvera de la force de son individualité. La communauté de croyances sous les formes diverses qui existent encore aujourd'hui ne règnera plus dans la partie de l'humanité qui, dans la 6ème période, sera l'élément civilisé. Chacun éprouvera qu'une totale liberté de pensée dans le domaine religieux est une nécessité proprement humaine.

 

Et la troisième caractéristique sera celle-ci humains de cette 6ème période n'estimeront posséder des connaissances que s'ils ont celle du spirituel, une connaissance qui leur dise l'esprit est répandu dans le monde et les âmes humaines doivent s'unir à lui. Ce qu'aujourd'hui on appelle science, et qui est teinté de matérialisme, ne sera plus du tout qualifié de science. On y verra une vieille superstition propre seulement à des êtres attardés au niveau de la 5ème période post-atlantéenne, désormais dépassée.

Lorsqu’ aujourd'hui par exemple le nègre pense qu'après sa mort il ne faudra amputer son corps d'aucun membre, parce qu'alors il entrerait mutilé dans le monde spirituel, nous regardons cela comme une superstition. Aujourd'hui encore, le Noir associe la pensée de l'immortalité au matérialisme pur et simple, je veux dire à cette idée qu'une image quelconque de sa forme physique intégrale doit passer dans le monde spirituel. Au fond, il pense en matérialiste, tout en croyant à l'immortalité, alors que notre Science spirituelle nous enseigne que nous avons à séparer le spirituel du corps physique, et que seul le premier pénètre dans le monde suprasensible ; aujourd'hui nous devons considérer cette forme matérialiste de croyance à l'immortalité comme une superstition. Et de même toute croyance matérialiste - y compris en matière de science - sera, pendant la 6ème période, tenue pour une superstition du passé. Et pour les humains d'alors, il ira de soi que seul pourra être tenu pour scientifique ce qui se fonde, comme la Science spirituelle le dit, sur la pneumatologie, sur le spirituel.

 

Vous le voyez, notre Science spirituelle, se donne entièrement pour tâche de préparer, en vue de la 6ème période de civilisation, les choses qui viennent d'être mentionnées. Nous essayons de la cultiver pour triompher du matérialisme, pour préparer la science de la 6ème période.

Nous fondons des communautés humaines dans lesquelles ne doit régner, sous quelque forme que ce soit, aucune croyance reposant sur une autorité ; il ne faut pas qu'une doctrine emporte l'assentiment parce qu'elle est enseignée par telle ou telle personnalité. Nous fondons des communautés humaines dans lesquelles tout doit être édifié sur la libre adhésion de l'âme aux enseignements. Par là nous préparons ce que la Science spirituelle appelle la liberté de pensée. Et en nous associant, en nous réunissant en unions fraternelles, nous préparons la forme de culture, la forme de civilisation qui doit imprégner la 6ème période post-atlantéenne.

 

Mais il faut regarder de plus près comment progresse l'évolution de l'humanité si nous voulons parfaitement comprendre ce dont il s'agit exactement quand nous parlons de nos associations fraternelles. Au cours de la 1ère période post-atlantéenne, on a également cultivé, dans les communautés ayant alors le caractère de Mystères, ce qui prédomina au cours de la 2ème période. Cela signifie que déjà dans cette première période, celle de l'Inde ancienne, on a pratiqué la culture du corps astral. Vouloir décrire aujourd'hui ce que l'on cultivait dans ces associations particulières de l'Inde ancienne - et qui différait de la civilisation extérieure - pour préparer la civilisation de la Perse antique, nous entraînerait beaucoup trop loin. Mais il faut le dire : quand ces hommes de l'Inde ancienne se réunissaient pour cette oeuvre de préparation, ils avaient ce sentiment : ce que nous aurons lorsqu'au cours de la seconde période nos âmes s'incarneront à nouveau, nous ne l'avons pas encore atteint, c'est encore, pour ainsi dire, en attente au-dessus de nous. Et telle était en effet la situation. Au cours de la 1ère période, ce qui devait attendre la seconde pour - si l'on peut dire - descendre du ciel sur la terre, planait encore au-dessus des âmes. Les esprits des hiérarchies supérieures, par le travail accompli sur terre par les humains dans ces groupements restreints dans ces associations de Mystères, disposaient de forces qui montaient jusqu'à eux, et grâce auxquelles ils pouvaient cultiver ce qui plus tard, dans la seconde période, celle de la Perse antique, devait se répandre dans les âmes des hommes et devenir la substance de leur corps astral. On aimerait dire que ces forces étaient encore comparables à de petits enfants ; ayant un peu grandi, elles descendirent dans les âmes incarnées dans la Perse antique. En haut, dans le monde spirituel, elles recevaient, affluant d'en-bas, les forces créées par le travail des humains préparant ainsi l'époque suivante. Et grâce à cet afflux, des forces étaient amenées à maturité qui plus tard devaient affluer d'en haut. Et c'est ainsi que les choses devaient se passer lors de chacune des époques ultérieures.

 

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Dans la période de civilisation où nous sommes, il faut prendre conscience de ceci la civilisation courante la culture ordinaire doit développer en nous l'âme de conscience ; ce doit être ce qui, depuis les XIVème, XVème et XVIème siècles, a commencé de s'emparer des humains sous les espèces de la science, de la conscience matérialiste tournée vers le monde extérieur, et qui se répandra de plus en plus, ce qui, une fois la 5ème période révolue, aura achevé son évolution.

 

Mais ce qui doit imprégner la 6ème époque, c'est le Moi spirituel. Il faudra qu'il se développe à l'intérieur des âmes elles-mêmes, comme maintenant l'âme de conscience s'y développe. Or, le Moi spirituel a ceci de particulier qu'il suppose la présence dans les âmes humaines des trois caractères dont j'ai parlé, et que la Science spirituelle exprime par ces mots : vie collective fraternelle, liberté de pensée, pneumatologie. Une communauté humaine en laquelle le Moi spirituel se développe comme le fait à la 5ème époque l'âme de conscience par le moyen de la civilisation extérieure, cette communauté a besoin de ces trois caractères précisément. C'est pourquoi il nous est permis de nous représenter que par notre réunion fraternelle en groupes de travail, plane invisible au-dessus de notre activité comme l'enfant des forces du Moi spirituel, de ce Moi-esprit que cultivent les êtres des hiérarchies supérieures afin qu'il puisse descendre dans nos âmes réincarnées au cours de la 6ème période. Dans nos groupes fraternels, nous accomplissons un travail qui monte vers les forces en préparation du Moi spirituel.

 

Ainsi, vous le voyez, au fond seul le trésor de sagesse de notre Science spirituelle nous permet de comprendre ce que signifie véritablement, pour nos relations avec les mondes spirituels, le fait de nous réunir en groupes de travail. Et la pensée que c'est bien là ce que nous faisons, que le travail accompli dans nos groupes ne l'est pas seulement pour l'amour de notre ego, mais bien pour que ses fruits montent vers les mondes spirituels, c'est cette pensée qui donne à un groupe de travail sa véritable consécration. En la portant en nous, nous nous pénétrons de l'esprit de consécration qui donne son fondement à un groupe de travail comme celui-ci à l'intérieur de notre mouvement spirituel. C'est pourquoi il est d'une toute particulière importance que nous saisissions bien la signification spirituelle de ce fait.

 

Nous nous réunissons en groupes de travail qui pratiquent la Science spirituelle, la pneumatologie mais en outre, parce que ces groupes veulent s'édifier sur la liberté de pensée et non sur un dogme, non sur une croyance imposée, ils se livrent aussi à un travail qui baigne dans une atmosphère de collaboration fraternelle. C’est cela qui importe faire vraiment entrer, de la manière qui convient, cette pensée de la communauté dans notre conscience, et nous dire : âmes présentement incarnées, nous appartenons à la 5ème époque post-atlantéenne, chacun de nous poursuit son développement individuel, et de plus en plus nous dégageons de la vie de la communauté ce qui est personnel à chacun de nous ; il faut d'autre part qu'une communauté d'un ordre supérieur, fondée sur l'amour fraternel librement consenti, soit pour nous comme un souffle magique que nous respirerions dans nos groupes de travail.

 

C'est là dans toute sa profondeur le sens de la civilisation de l'Occident européen : la recherche de l'âme de conscience dans la 5ème période post-atlantéenne. La tâche de cette civilisation, et tout particulièrement de l'Europe du centre, c'est le développement de plus en plus intense par les âmes humaines d'une culture individuelle, d'une conscience individuelle. C'est cela qui importe pour le présent. En comparant cette période de civilisation qui est la nôtre avec la période gréco-romaine, on remarque lors de celle-ci un fait particulièrement frappant ce qui règne encore avec une grande force précisément chez les Grecs porteurs de cette civilisation, c'est le caractère d'âme-groupe, la conscience d'appartenir à cette âme-groupe. L'homme né et vivant à Athènes se sentait avant tout un Athénien.

Cette communauté de la cité avec tout ce qu' elle comportait avait pour l'individu un autre sens qu'une communauté pour l'homme d'aujourd'hui, qui veut se dégager de la communauté - et c'est là la vraie mission de la 5ème période post-atlantéenne. A Rome l'être humain était avant tout citoyen romain. Mais le temps a marché et au niveau de la 5ème période nous voulons être avant tout, au plus profond de nous-mêmes, des êtres humains, et rien que cela.

 

Nous ressentons aujourd'hui douloureusement ce qui, sur cette terre, dresse les humains les uns contre les autres ; ce n'est là pourtant qu'une réaction à cet effort incessant de la 5ème période vers le libre épanouissement des qualités proprement et généralement humaines. Par hostilité les divers pays et les divers peuples se referment sur euxmêmes ; d'autant plus faut-il aujourd'hui résister à ces tendances et développer la force qui fait de l'homme avant tout un être humain dans son intégrité, développer les forces qui font que l'homme se dégage des communautés de toute espèce. Mais pour cela il faut qu'à son tour il prépare des communautés qui seront édifiées en pleine conscience, dans lesquelles il entrera librement au cours de la 6ème période et auxquelles il s'imposera d'adhérer en pleine liberté. C'est un idéal sublime à nos regards que cette communauté d'esprit qui englobera la 6ème période de façon telle que les hommes civilisés seront les uns pour les autres, tout naturellement, du fond de leur âme, comme des frères et des sœurs.

 

Nous le savons depuis les nombreuses conférences prononcées au cours de ces dernières années dans l'Est de l'Europe vit un peuple qui sera tout spécialement appelé à manifester avec un relief particulier les forces élémentaires qui sont en lui. Nous savons qu'il faudra attendre la 6ème période pour que le peuple russe atteigne la maturité nécessaire pour développer les forces qu'il porte aujourd'hui encore instinctivement. L'Europe de l'Ouest et du Centre est appelée à apporter aux âmes ce qui peut l'être par le moyen de l'âme de conscience. Telle n'est pas la vocation de l'Europe de l'Est ; elle devra attendre que le Moi-esprit descende sur terre et puisse pénétrer les âmes. Il faut que nous comprenions bien ce que cela signifie; mal compris, cela pourrait aisément conduire - précisément à l'Est - à l'orgueil et à la présomption.

 

L'apogée de la civilisation post-atlantéenne doit être atteint dès la 5ème période. La 6ème et la 7ème périodes constitueront une évolution déclinante. Cependant, cette évolution descendante sera inspirée, pénétrée par le Moi-Esprit. Aujourd'hui, l'homme de l'Est de l'Europe, celui que les intellectuels de l'Est eux-mêmes appellent « l'homme russe » sent instinctivement - mais avec un instinct qui, aimerait-on dire, fait souvent fausse route - cet homme sent instinctivement que les choses sont bien ainsi en ce qui le concerne; seulement, dans la plupart des cas, il n'en a qu'une conscience extrêmement obscure. L'apparition çà et là de l'expression « l' homme russe » est déjà un fait caractéristique. Le génie de la langue se manifeste impérativement dans une expression de ce genre, lorsqu'on ne dit pas, comme à l'Ouest le Britannique, le Français, l'Italien, l'Allemand – mais « l'homme russe ». Et beaucoup d'intellectuels russes tiennent à ce qu'on parle toujours ainsi. Ce qui s'exprime par là a ses racines profondes dans le génie de la culture slave ; par là on entend déjà la qualité humaine, la fraternité répandue sur une communauté. C'est ce qu'on veut indiquer par le mot « homme ». Mais en même temps il apparaît qu'on n'est pas encore parvenu à l'ultime hauteur qu'il faudra atteindre dans un lointain avenir : on ajoute en effet un mot qui est en contradiction criante avec le substantif. En disant « l' homme russe », on reprend pour ainsi dire avec l'adjectif ce que l'on exprimait dans le substantif. Car si la pleine qualité d'homme doit être acquise, il faut que disparaisse cet adjectif qui sous-entend que l'on exclut quelque chose.

 

Une idée a présentement des racines bien plus profondes chez les membres de l'intelligentsia russe il faut que vienne le règne d'une certaine idée de communauté de fraternité - qui doit être comprise comme réservée à l'avenir. L'âme russe a déjà ce sentiment que le Moi-Esprit descendra un jour, mais qu'il ne peut descendre que dans une communauté humaine pénétrée de fraternité, que jamais il ne pourra se répandre dans une communauté qui ne le serait pas. C'est pourquoi les intellectuels russes, comme ils s'appellent eux-mêmes, font à l'Europe de l'Ouest et du Centre le reproche suivant : la véritable vie de communauté ne compte absolument pas pour vous, vous ne cultivez que l'individualisme. Chacun veut être pour soi, chacun ne veut être qu'une individualité. Ce sont là les très fréquents reproches que l'Est adresse à l'Europe de l'Ouest et du Centre lorsqu'il parle de barbarie, etc. Et ceux qui essaient de se faire une idée précise de ce qui se passe exactement disent : Toute cette Europe de l'Ouest et du Centre a déjà complètement perdu le sentiment de ce que sont les communautés humaines. Et confondant alors le présent et l'avenir, on dit : De véritables communautés humaines, où chacun se sent le frère de l'autre, où celui qui est au-dessus de l'autre se sent être son « petit père » ou sa « petite mère », une véritable vie de communauté humaine, cela n'existe qu'en Russie. Ainsi l'intelligentsia russe dit : C'est pourquoi le christianisme de l'Europe de l'Ouest n'est pas parvenu à cultiver une véritable communauté humaine. Le Russe, disent-ils, connaît encore la communauté. L'un de ces intellectuels russes de premier plan, Alexandre Herzen, qui vivait au XIXème siècle, tira de cela les dernières conséquences : Dans l'Europe de l'Ouest, énonça-t-il, jamais le bonheur ne naîtra, quelques tentatives que l'on fasse dans la culture, dans la civilisation. Jamais l'humanité ne sera satisfaite. Seul pourra régner le chaos. Le seul salut est dans la nature slave, dans la Russie où les humains ne sont pas encore séparés de la communauté, où dans les collectivités villageoises ils ont conservé quelque chose du caractère de l'âme-groupe, et y restent attachés.

 

Ce que nous appelons l'âme-groupe, dont l'humanité a travaillé à se dégager peu à peu, et dans laquelle les animaux sont encore entièrement plongés, c'est précisément ce que les intellectuels russes vénèrent dans leur peuple comme une chose particulièrement grande et importante. Ils ne peuvent pas s'élever jusqu'à cette idée que la communauté de l'avenir doit être devant nos âmes comme un idéal qu'il s'agi t de réaliser. Ils en restent à cette idée : Regardons ce que, les derniers en Europe, nous avons conservé ; les autres se sont déjà dégagés de l'âmegroupe ; nous nous la sommes conservée, nous devons nous la conserver.

 

Or, une âme-groupe de cette nature ne doit en aucune façon prendre place dans l'avenir, car elle est du passé. Elle serait luciférienne, demeurée à un stade dépassé, alors que la véritable âme-groupe, celle vers laquelle nous devons tendre, c'est celle que nous cherchons à l'intérieur de notre Science spirituelle. Mais précisément cette aspiration, cette nostalgie de l'homme russe, notamment des intellectuels, permet de voir combien, pour que le Moi spirituel descende sur terre, on a besoin de l'esprit de communauté. En Russie on recherche cet esprit sur une mauvaise voie il faut qu'à l'intérieur de notre courant de Science spirituelle nous le cherchions sur la bonne voie. Et nous aimerions lancer cet appel aux hommes de l’Est : ce que vous cherchez à maintenir de façon toute extérieure, l’ancienne communauté d’inspiration luciférienne et ahrimanienne, il comportera en matière de croyance une contrainte aussi rude que celle que devait fonder en Russie que celle que devait fonder en Russie l'église catholique restée orthodoxe. Il ne comprendra pas ce qu'est la liberté de pensée; moins que tout autre il sera capable de se hausser jusqu'à la notion d'individualité intégrale, qui n'exclut pas une vie en commun sous le signe de la fraternité. C'est pourquoi cet esprit de communauté voudrait conserver ce qui s'est maintenu dans la communauté fondée sur les liens du sang, dans la consanguinité.

 

Une communauté qui se fonde non sur le sang, mais sur l'esprit, sur la communauté des âmes, c'est vers cela qu'il faut tendre sur les voies de la Science spirituelle. Et c'est cela vers quoi nous tendons lorsque nous nous disons : Efforçons-nous de créer des communautés dans lesquelles le sang ne parle plus. Bien sûr le sang continuera d' exister, il se manifestera dans les liens familiaux - ce qui doit subsister ne sera pas extirpé ; mais il faut que naisse quelque chose de neuf ! Ce qui est important chez l'enfant se conserve dans les forces du vieillard - mais il faut que l'âge vienne y ajouter quelque chose de nouveau. Ce que le sang apporte, il ne faut pas croire que ce doit être le lien des grandes communautés humaines de l'avenir. C'est la grave erreur qui, de l'Est, joue un rôle dans les événements sanglants d'aujourd'hui, que d'avoir déchaîné une guerre sous le motto de la communauté de sang des peuples slaves.

Nous voyons jouer dans notre époque toute chargée de destin tout ce que nous venons d'exposer, tout ce qui, dans ses profondeurs, renferme une part de réalité, nous voulons dire ce sentiment instinctif que le Moi spirituel ne peut apparaître que dans une communauté fraternelle. Seulement, il ne faut pas que ce soit une communauté de sang : elle doit être une communauté des âmes. Cette communauté des âmes, nous en cultivons les premiers rudiments dans nos groupes de travail. Cet attachement à l'âme-groupe de l'Est de l'Europe, qui la caractérise comme ce à quoi on doit rester lié, qu'on tient à conserver comme principe général de cohésion politique c'est cet attachement qu'il s'agit précisément de surmonter.

 

Des deux états d'où la guerre est issue, l'un - la Russie avec l'ensemble des peuples slaves - donne comme raison de la guerre la communauté de sang ; l'autre, son adversaire, comprend officiellement treize peuples et treize langues nationales. Il y a là un symbole d'une prodigieuse éloquence. En Autriche, il fallut rédiger l'ordre de mobilisation en treize langues, parce que treize peuples y sont réunis : Allemands, Tchèques, Polonais, Ruthènes, Roumains, Magyars, Slovaques, Serbes, Croates, Slovènes

(qui ont une langue particulière) Bosniens, Dalmates et Italiens. Treize ethnies différentes - sans parler de toutes les autres différences de détail - se sont réunies dans l'état autrichien. Qu'on le reconnaisse ou non, ceci montre que cet état autrichien se compose d'un ensemble d’individus pour lesquels 1a communauté ne pourra jamais être fondée sur le sang, car ce qui est présent et agissant à l' intérieur de ces frontières bien particulières procède de treize communautés de sang différentes. On aimerait dire que l'état le plus composite d'Europe fait face à celui qui tend le plus vers l'âme-groupe, vers la conformité d'âme.

 

Cette aspiration à ce qui constitue l'âme-groupe entraîne bien d'autres conséquences. Et nous arrivons maintenant à quelque chose dont il serait bon que nous nous souvenions combien c'est important. Hier déjà, j'ai cité l’un des esprits les plus remarquables de toute la Russie : le grand philosophe Solovieff. C'est vraiment un esprit supérieur, mais typiquement russe. Un esprit qu'il est, du point de vue de l'Europe de l'Ouest, extrêmement difficile de comprendre. Cependant il faut que les anthroposophes le connaissent. Ceux qui sont sur le terrain de la Science spirituelle devraient le connaître et devraient pouvoir s'élever jusqu'à une certaine compréhension de cet esprit. Je voudrais maintenant présenter devant vos âmes, du point de vue ésotérique qui est le nôtre, une idée, j'aimerais dire l'idée principale, l'idée centrale de Solovieff. Il est beaucoup trop philosophe pour faire sienne sans réserve cette idée de l'âme-groupe. Sur ce point sa position n'est pas facile, et il aboutit à plus d'une contradiction. Mais une idée le domine sans qu'il en soit entièrement conscient, et le domine à un point tel qu'on est forcé de se dire : Las ! Si seulement Solovieff était pleinement clairvoyant, s'il pouvait anticiper sur ce que son âme comprendra un jour quand elle sera incarnée au cours de la 6ème période de civilisation ! - Cette idée, dans son point de départ fort difficilement compréhensible pour un Européen de l'Ouest, et bien entendu aussi pour un Européen du Centre, elle est devenue chez lui l'idée principale, l'idée centrale. Nous autres, dans l'Ouest de l'Europe, nous cherchons, précisément dans ce que nous cultivons pour préparer la 6ème période, entre bien d'autres choses à comprendre la mort dans ce qu'elle signifie pour la vie. Nous essayons de comprendre en quoi la mort est l'apparition d'une certaine forme d'existence, de comprendre comment l'âme par la mort se transforme, accédant ainsi à une autre forme d'existence. Nous décrivons la vie de l'être humain dans un corps, et l'existence qui est la sienne entre la mort et une nouvelle naissance. Nous cherchons à vaincre la mort en la comprenant, en montrant qu'elle n'est qu'apparence, qu'en vérité l'âme vit en passant par la mort. Essayer de vaincre la mort en la comprenant. C'est pour nous à côté d'autres choses, une affaire essentielle.

 

Or, c'est là un point - nous le prenons à titre d'exemple - où les aspirations de la Science spirituelle se différencient totalement de l'idée que Solovieff, ce grand esprit russe, a faite sienne : il y a des maux en ce monde, le Mal existe en ce monde. Nous ne pouvons pas nier qu'il y abonde. Selon Solovieff, cela est- en contradiction avec l’hypothèse de la nature divine du monde. Comment peut-on, lorsque l’on regarde le monde, le croire divin, attendu que le Ma1 ne peut tout de même pas représenter un monde divin ! Et le Mal, nos sens le voient partout, et sa pire forme est la mort. Parce que la mort est dans le monde, le monde se révèle dans toute sa malignité. Le pire des maux, c'est la mort.

 

C'est ainsi que Solovieff caractérise le monde : Regardez le monde avec vos seuls sens ! (je le cite presque littéralement). Essayez donc de comprendre le monde avec votre seule raison. Vous ne pourrez jamais nier les maux qui sont dans le monde. Quant à la mort, essayer de la comprendre serait absurde ! Elle est présente. Jamais une connaissance fondée sur les sens ne pourra la connaître. Et c'est pourquoi cette connaissance nous montre un monde mauvais, un monde plein de maux. Pouvons-nous croire - dit Solovieff - que ce monde est divin, alors qu'il se révèle plein de maux ? Si à chaque pas il nous donne le spectacle de la mort ? Jamais, au grand jamais nous ne pourrons croire que ce monde qui nous offre le spectacle de la mort, est divin ; car les maux, le Mal ne peuvent pas être en Dieu, et surtout pas le mal par excellence : la mort. Si donc Dieu venait dans le monde - je cite presque littéralement Solovief'f - s'Il apparaissait dans le monde, pourrions-nous croire sans autres preuves qu'il est Dieu ? Non, nous ne pourrions pas. Il faudrait d'abord qu'il prouve son identité ! Si un être prétendait être Dieu, nous ne le croirions pas. Il faudrait d'abord qu'il le prouve. Il faudrait d'abord qu'il produise - ainsi parle Solovieff - quelque chose comme une preuve de valeur universelle, quelque chose par quoi nous pourrions reconnaître que cet être est Dieu ! Et une preuve de ce genre, nous ne pouvons pas la trouver dans le monde. Dieu ne peut pas, à l'aide de ce qui est dans le monde, prouver son identité, car tout ce qui est dans le monde contredit la nature divine. Il ne peut prouver qu’Il est Dieu qu'en montrant qu'Il peut vaincre la mort, que la mort ne peut rien contre lui. Jamais nous ne croirions que le Christ est Dieu s'Il n'attestait son identité. Et Il l'a fait en ressuscitant, en montrant que le mal par excellence, la mort, n'était pas en Lui. Là nous avons conscience que Dieu existe, une conscience qui se fonde uniquement sur la résurrection effective, historique du Christ, qui légitime Dieu en tant que Dieu. Rien d'autre dans le monde que la résurrection ne nous permet de connaître qu'il y a un Dieu. Si Christ n'était pas ressuscité - c'est cette parole de St Paul principalement que Solovieïf ne cesse de citer - notre foi serait vaine. Et vain serait aussi tout ce que nous pourrions dire sur une preuve de Dieu dans le monde.

 

De là cette phrase de Solovieff : Nous ne voyons partout dans le monde que le Mal et la pourriture et l'absurdité. Si le Christ n'était pas ressuscité, le monde serait absurde. Donc le Christ est ressuscité ! – Remarquez bien cette phrase - car elle est capitale sous la plume d’un des plus grands esprits de l'Est : Si le Christ n’était pas ressuscité, le monde serait absurde. Donc le Christ est ressuscité. Solovieff a dit : Peut-être y a-t-il des gens qui croient qu'il n'est pas logique de dire si le Christ n'était pas ressuscité le monde serait absurde, donc Il est ressuscité ! Mais c'est là une logique bien meilleure - telle est la pensée de Solovieff

- que toute autre que vous pouvez m'opposer

 

En prenant comme exemple cette revendication d'une preuve de la divinité de Dieu, je vous ai montré concrètement chez Solovieff ce qu'ont de particulier les pensées qu'on nourrit dans l'Est de l'Europe ; quels chemins bien particuliers les pensées empruntent pour s'élever jusqu'à saisir ce par quoi Dieu montre directement qu'il est Dieu. Comme les choses sont différentes à l'Ouest, comme elles sont différentes dans le centre de l'Europe ! Quel est en effet le but de tous nos efforts dans le domaine de la Science spirituelle ? Où voulons-nous en arriver ? Nous voulons prendre comme source le savoir. Essayez de comparer et de vous faire une vue d'ensemble de tout ce que nous faisons. Nous voulons prendre comme source le savoir, la connaissance, afin de nous rendre compte, afin d'arriver dans le monde à cette connaissance que le monde a un sens, qu'il a une signification, qu'il n'est pas seulement maux et pourriture Et en le comprenant, nous voulons précisément nous préparer à participer à la vie de l'entité du Christ. Nous voulons saisir le Christ vivant. Certes, nous voulons recevoir tout cela comme un don, comme une grâce du Christ. Et nous savons que c'est bien une grâce ce qui peut nous être donné selon la parole « Je suis avec vous jusqu'à la fin du monde ».

Nous voulons recevoir comme un don tout ce que le Christ continuellement nous promet. Car Il ne parle pas seulement par des Evangiles, mais aussi dans nos âmes. ll est ce qu'Il veut dire par le verset « Je suis avec vous jusqu'à la f'in du monde ». Toujours il peut-être trouvé comme le Christ vivant. Nous voulons vivre en Lui, le recevoir en nous. « Non pas, moi, mais le Christ en moi ». C'est pour nous la parole essentielle de Paul : « Non pas moi, mais le Christ en moi ». Afin que par Lui nous ayons les yeux ouverts partout, où que nous allions, les choses ont un sens. C'est ce que Faust déjà voulait dire quand il exprimait la vue qu'il avait du monde par ces mots : 

« Sublime Esprit, tu m'as donné tout, tout 

Ce dont je t'ai prié. Ce n'est pas en vain

Que tu es tourné vers moi ta face dans la flamme.

Tu m'as donné pour royaume la splendide

Nature,

Le pouvoir de la sentir et d'en jouir.

Tu ne permets pas seulement des visites de froid admirateur,

Tu m'accordes de regarder dans son sein profond

Comme dans le cœur d'un ami.

Tu fais passer devant moi la chaîne des êtres vivants

Et m'enseignes à reconnaître mes frères  Dans le buisson silencieux, dans l'air et l'eau.

Et quand la tempête mugit et craque dans la forêt,

Quand le pin géant, en s'écroulant renverse Et entraîne à sa suite les branchages et troncs voisins,

Et qu'au fracas de leur chute répond le tonnerre creux et sourd de la colline,

Alors tu me conduits à la sûre caverne, tu me montres

A moi-même ; les merveilles profondes

Et mystérieuses de ma propre poitrine s'ouvrent.. . ».

 

Comprendre spirituellement ce qui est en l'homme et hors de l'homme, comprendre qu'un sens est partout présent, comprendre que la mort elle-même est riche de sens, qu'elle est le passage d'une forme d'existence à une autre ! Et en cherchant le Christ vivant, nous le suivons aussi à travers la mort et à travers la résurrection. Nous ne prenons pas la résurrection comme point de départ, comme l'homme de l'Est. Nous suivons le Christ par lequel nous nous laissons inspirer, le Christ que nous faisons entrer dans nos imaginations. Nous suivons le Christ jusqu'à la mort. Car nous ne Le suivons pas seulement en disant : Ex Deo nascimur - nous naissons de Dieu ; mais parce que nous disons ln Christo morimur, nous mourons er Christ.

Suivons le monde du regard, et nous savons que c'est là le document par lequel Dieu atteste sa divinité. Nous autres à l'Ouest, qui voulons comprendre comment règne et agit l'esprit, en faire l'expérience, nous ne pouvons pas dire : Dieu vient dans ce monde et doit prouver son identité, nous avons besoin d'un document - au contraire, nous cherchons Dieu partout. Nous cherchons Dieu dans la nature et dans les âmes humaines.

 

C'est aussi pourquoi cette 5ème période postatlantéenne a besoin de ce que nous cultivons dans les unions fraternelles de nos groupes. Elle a besoin de cette culture pratiquée en pleine conscience, elle a besoin pour ainsi dire de cette aura spirituelle qui plane encore au-dessus de nous, à laquelle les esprits des hiérarchies supérieures consacrent leurs soins, et qui s'insufflera dans les âmes des hommes quand ils vivront dans la 6ème période. Nous ne voulons pas nous tourner vers ce qui est mort, comme l'Est le fait avec l'âmegroupe, avec la communauté qui ne fait que survivre. Nous voulons cultiver ce qui est vivant, ce qui est encore dans l'état d'enfance, et c'est cela l'esprit de communauté de nos groupes de travail. Nous ne voulons pas chercher ce qui s'agite dans les profondeurs du sang pour n'inviter à se réunir que ceux qui ont dans leur sang quelque chose de commun, et cultiver cela dans une communauté quelconque. Nous voulons appeler à se réunir ceux qui sont résolus à être frères et sœurs, au dessus desquels plane ce qu'ils se proposent de cultiver en s'adonnant à la Science spirituelle, en sentant au-dessus d'eux l'esprit bénéfique de la fraternité.

 

Telles sont les pensées solennelles que nous faisons nôtres au départ de l'un de nos groupes de travai1. C'est ainsi que nous inaugurons un groupe quand nous le fondons. L'esprit de communauté et l'esprit de vie ! La communauté, nous la cherchons au-dessus de nous, en nous le Christ vivant, qui n'a pas besoin de documents, ni de s'authentifier par la résurrection, qui est authentifié par ce que nous Le vivons en nous-mêmes. La communauté au-dessus de nous, le Christ en nous de ces pensées nous faisons notre maxime, notre maxime solennelle quand nous fondons un groupe de travail. Et nous le savons qu'ils soient deux ou trois ou sept, ou un grand nombre, réunis dans ce sens au nom du Christ, Christ vit en eux. Et tous ceux qui dans ce sens reconnaissent le Christ comme leur frère, ils sont euxmêmes frères et sœurs. Et celui qui dans l'autre reconnaît son frère, le Christ le reconnaît comme son frère.

 

Si nous sommes en mesure de recevoir en nous cette formule de consécration, d'accomplir notre travail dans ces dispositions, alors le véritable esprit de notre mouvement de Science spirituelle y règnera. Malgré les difficultés de l'heure, des amis sont venus de l'extérieur se joindre à ceux qui fondent leur groupe de travail. C'est là toujours un bel usage. Car ainsi les autres, qui travaillent dans d'autres groupes, apportent avec eux les pensées solennelles, la formule de consécration. Et ils font le vœu de penser toujours, eux-aussi, à ceux qui ont promis de travailler ensemble au sein d'un groupe nouveau, dans l'esprit de notre mouvement. C'est ainsi que grandit et ne cesse de grandir ce que nous voulons fonder, par la manière dont nous travaillons : notre communauté invisible. Si cette attitude intérieure, s'unissant à notre travail, se répand de plus en plus, nous satisferons, par la Science spirituelle, à ce que le progrès de l'humanité exige de nous. Il nous sera alors permis de croire que les grands Maîtres de la sagesse qui guident le progrès de l'humanité et le savoir des hommes sont parmi nous dans notre travail. Et dans la mesure où vous, qui travaillez ici, vous travaillez dans les dispositions intérieures qui sont les nôtres, je sais que les grands Maîtres, qui véritablement dirigent, des mondes spirituels, notre mouvement, seront aussi au cœur de notre travail. 

C'est de ce point de vue que j'appelle aujourd'hui sur le travail de ce nouveau groupe la force et la grâce et l'amour des Maîtres de la Sagesse qui dirigent et qui guident le travail de nos unions fraternelles : j'invoque la grâce, j'invoque la force, j'invoque l'amour de ces Maîtres qui sont liés directement aux forces des hiérarchies supérieures. Puisse Votre esprit bénéfique, ô grands  Maîtres, puisse aussi l'esprit bénéfique de notre mouvement de Science spirituelle être avec ce groupe. Puisse t-il régner en lui et porter des fruits !